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Télétravail et bullshit jobs

Télétravail : la mode des fainéants

Auteur13/09/202512/09/2026

Télétravail et bullshit jobs

Au départ, le télétravail était une révolution.

Il allait libérer les salariés, fluidifier la circulation, redonner du temps de vie aux salariés, diminuer les frais des entreprises, et faire baisser les loyers des grandes villes.

Il devait marquer le passage vers une utopie digne d’une XXIe siècle. On allait enfin être libéré des trajets chronophages, des potins de Sandrine, des photos des gosses de Vanessa, des repas malaisants avec les collègues dans une salle commune qui pue les odeurs de gamelles réchauffées.

On allait pouvoir bosser en chaussons et en pyjama en hiver, en slobard en été, accorder du temps à ce qui compte vraiment pour nous, et gérer les relations avec l’entreprise grâce à des logiciels imperméables à la toxicité des relations sociales en milieu professionnel.

Télétravail, ou l’art de glander dans le dos du patron

Mais très vite, la réalité a pris une tournure tristement humaine. On a transformé un outil de souplesse en abus.

Le week-end anticipé grâce au télétravail

Prends l’employée de bureau qui bosse « à distance » le jeudi et le vendredi. Elle quitte le bureau le mercredi avec un jovial « Bon week-end ! ». Tout le monde a compris son plan : se payer un week-end prolongé payé par la boite. Au programme : shopping, apéro en terrasse, petite séance ciné, et validation rapide des mails à 17h55 pour maintenir la fiction.

Le collègue connecté mais injoignable

Un autre exemple : le collègue fantôme. Officiellement, il est connecté. En vrai, il ne décroche jamais. La ligne sonne dans le vide, les mails restent sans réponse, et sa webcam reste mystérieusement « en panne ». Il est en télé-évasion deux jours par semaine, grâce à un cliqueur automatique qui simule sa présence sur Teams.

Et si jamais il décroche, il t’explique calmement : « Ah non, je peux rien faire, j’ai pas mes dossiers, ils sont au bureau. » Traduction : je suis payé pour me reposer chez moi sans rien pouvoir faire. C’est de la téléprésence passive, une sorte de RTT déguisée où l’on valide le droit à rien foutre.

Le pacte de corruption

Le plus beau, c’est quand les collègues qui restent au bureau te disent surtout de ne pas déranger le collègue en télétravail. Au début, on comprend mal pourquoi. Et puis, on finit par saisir la combine. C’est une convention morale. Tout le monde s’est accordé pour ne pas briser le pacte de silence : je ne dis rien sur toi pendant que tu glandes à la maison, et en retour tu ne dis rien sur moi.

Et puis il y a ce moment gênant. Tu es en congé, tu flânes légitimement dans un centre commercial, et là, tu croises ton collègue en télétravail. Il te regarde, tu le regardes. T’as compris. Il a compris que t’avais compris. Vous savez tous les deux. On échange un sourire poli qui veut tout dire : il est payé pour glander pendant ses heures de travail.

Comment repérer les emplois inutiles ?

Dans cette société où le travail s’est dématérialisé, les chefs de service en ont tiré une conclusion simple : si des gens peuvent « travailler » depuis leur canapé, c’est que leur job n’a ni sens, ni utilité. Et ce n’est pas faux…

Tu imagines un maçon en télétravail ? Il monte un mur via une appli.

Un chauffeur de bus ? Il conduit depuis chez lui, avec une manette de jeu vidéo.

Un policier ? Il poursuit des voleurs sur Google Street View.

Un plombier ? Il t’explique comment changer ton robinet en visio.

Une greffière ? Elle te tape le procès verbal depuis sa baignoire.

Les parasites en télétravail

La vérité a rapidement sauté aux yeux de tout le monde, employés comme employeurs : les métiers réellement utiles, physiques, ancrés dans la réalité, ne sont pas « télétravaillables ». Quant à ceux qui le sont, on pourrait bien souvent les délocaliser au Bangladesh pour 2 € de l’heure.

Répondre à des mails, remplir des tableaux Excel, compiler des rapports PowerPoint qu’aucun décideur ne lit jamais, c’est de l’économie fictionnelle. Ce n’est pas un travail productif, utile à la société, créateur de richesses. C’est du superflu, de l’éphémère, du dispensable, qu’on peut confier à une intelligence artificielle ou à un Indien.

Faut-il supprimer les salariés en télétravail ?

Le télétravail n’est jamais que le miroir brisé d’un monde du travail déjà absurde : là où la présence physique n’était qu’un simulacre, on l’a remplacée par une absence tolérée. Et au fond, tout le monde l’a toujours su. Le jour où le patron s’aperçoit que tu peux travailler de chez toi sans que personne ne voie la différence, c’est aussi le jour où il comprend que tu peux être remplacé.

Retrouvez les différents textes des Nouvelles Mythologies Françaises sur la page consacrée.

Retrouvez la playlist sur YouTube.

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