Le centre de contrôle technique ... l'enfer.
Le centre de contrôle technique ... l'enfer.

Aujourd’hui, Clara doit mener sa voiture au contrôle technique. Le rendez-vous est à 9h. Elle est partie à 8h. Elle a roulé tout doucement, les deux mains crispées sur le volant, l’oreille tendue vers le moteur comme une mère qui surveille son enfant fiévreux. Elle a coupé la radio, elle n’a pas téléphoné. Elle a un peu parlé à la voiture, pour l’encourager.

C’est une Peugeot 206 de 2004. 248 000 kilomètres. Elle a toujours tenu bon. Elle a traversé les routes de campagne, les trajets boulot-école, les pleurs des enfants à l’arrière, les sacs de courses qui s’écroulent au premier virage. Elle a connu les déménagements, les retours de l’hôpital, et les départs pour les enterrements.

La voiture, c’est le dernier refuge de la classe moyenne inférieure. C’est la maison roulante. C’est le dernier bastion de liberté, le seul bien qui permet de tenir une promesse d’emploi à 35 km de là, dans une zone sans transport public.

Et là, la ménagère est devant la porte du centre. Elle regarde les autres voitures. Les neuves, les blanches, les propres.

L’angoisse ne vient pas d’un hypothétique accident. L’angoisse vient de la note.

Si la voiture est recalée, c’est 400 euros, ou peut-être même le double. Et elle ne les a pas. Pas tout de suite. Peut-être dans deux mois. Et deux mois, c’est long quand on ne sait pas comment on ira travailler la semaine prochaine.

Alors elle attend, dans la salle d’attente du centre technique, avec les yeux vides. C’est une salle froide, aux murs tachés, où personne ne parle. On regarde son téléphone. On attend le verdict comme une sentence. Parce qu’il n’y a plus de marge. Parce qu’un défaut de rotule ou une fuite d’huile, ce n’est pas un détail. C’est une menace existentielle.

Et ce matin-là, elle pense à tout ce que la République ne comprend pas. Aux réunions à Paris, aux lois sans réalité. À cette France des centres-villes qui parle de mobilité douce en trottinette électrique et qui ne comprend pas que sans voiture, ici, on crève. Socialement, économiquement, symboliquement.

Quand le garagiste revient avec la feuille, elle n’ose pas la regarder.

Il dit :
— Y’a des bricoles, mais c’est bon. Elle passe.

Elle ne sourit pas. Pas tout de suite. Elle souffle, profondément. Elle se dit qu’elle vient de gagner deux ans de sursis. Mais dans un coin de sa tête, elle sait déjà qu’il faudra faire la courroie de distribution avant l’hiver. Et ça sera pas une bricole.

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