Ceux qui aiment payer des impôts
Il existe une catégorie très particulière de Français : ceux qui aiment payer l’impôt. Ils sont très nombreux. Ils le clament haut et fort dans les sondages, dans les dîners parisiens, sur les plateaux télé.
Moi, je suis fier de payer des impôts !
C’est déclamé avec la fierté de celui qui vient de sauver un enfant des flammes. Parce que voyez-vous, en France, payer des impôts, c’est un acte moral. Une preuve de vertu. Une offrande sacrificielle faite à l’idole collective : le service public. Nous reparlerons du service public plus en profondeur du service public dans une prochaine mythologie ; un peu de patience.
L’Etat gaspille l’impôt
Mais ce même citoyen exemplaire vous expliquera dix minutes plus tard qu’en vérité « on paye quand même trop d’impôts », que « l’État gaspille », que « tout fout le camp ».
Même ce citoyen idéaliste et masochiste est capable de voir que l’école ne forme plus personne, que l’hôpital est à l’agonie, que les forces de l’ordre sont absentes, que les routes sont trouées et que la moitié des agents du service public sont planqués ou incompétents. Voilà donc le piège dans lequel est pris le bon citoyen. C’est un fervent idolâtre du dieu Impôt, mais aussi son premier détracteur.
Cette schizophrénie collective n’est pas une bizarrerie passagère. C’est un pilier de notre identité nationale. On a besoin de se sentir utile, solidaire, généreux, supérieur à ces sales libéraux qui ne pensent qu’à eux. Alors on s’auto-congratule à ligne de prélèvement sur le bulletin de salaire. On se dit qu’on participe à quelque chose de plus grand que soi. Un projet de société, une fraternité fiscale. Le rêve républicain.
L’impôt part dans les poches des parasites
Mais très vite, l’illusion se fissure. Car en retour, le service public ne nous rend rien, ou si peu. On attend deux mois pour un passeport. Les enfants sont parqués dans des écoles en ruine. Les urgences ferment à 17h. Le commissariat n’a plus le temps d’enregistrer les plaintes, faut le faire en ligne. Le département a plus de chargés de mission que de cantonniers. Et pendant ce temps, les impôts locaux, eux, continuent de grimper.
Alors on râle. On fulmine. On dénonce “le racket”. On réclame des baisses d’impôts. Mais dès qu’un candidat évoque une baisse de la dépense publique, on commence aussitôt à hurle à l’ultralibéralisme, à l’austérité, au saccage des valeurs républicaines. On est contre la suppression de n’importe quel guichet inutile. On est pour l’État et contre l’État, en même temps. C’est ça être français.
L’impôt, un sacrement républicain
Car au fond, ce n’est pas une question de logique. C’est un attachement religieux. L’impôt, en France, n’est pas un outil mais un sacrement. Ce n’est pas un moyen de financer quelque chose, c’est plutôt une preuve d’appartenance morale à la communauté des justes, des bons Français. On ne regarde pas ce que l’impôt finance. On regarde ce qu’il symbolise.
Impôt : combien on paye vraiment ?
Le plus fascinant, c’est qu’on ne sait même pas combien on paye vraiment. Le prélèvement à la source a achevé de dissocier l’impôt de la réalité. On se sent vertueux sans se sentir appauvri. C’est de la fiscalité homéopathique : on est taxé, mais on ne sait plus où, quand, ni comment, ni combien.
L’impôt vide nos poches mais remplit notre conscience. Payer l’impôt, c’est s’acheter un supplément d’âme.
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