Le vote : un acte inutile.
Le vote : un acte inutile.

Parmi tous les dogmes laïcs qui empoisonnent l’esprit des Français, le plus délétère est bien celui du vote qui permettrait d’agir sur le destin du pays. A en croire les clercs de la République, le vote donne à l’électeur un pouvoir de transformation du réel.

Chaque échéance électorale est ainsi présentée comme une croisée des chemins, un moment de bascule, un levier magique qui permettrait au simple citoyen de redessiner la France à travers le bout de papier qu’il glisse dans l’urne. Dans cette fable républicaine, le vote est un acte héroïque. La salle du vote est un temple. L’isoloir est un lieu saint. L’urne est une relique sacrée.

En France, la démocratie est une scène de l’impuissance populaire.

Or, dans la vie réelle, il n’y a pas de bascule. Pas de changement de destinée. Dans la vraie vie, le bulletin ne sert à rien du tout.

Le réel n’est pas soumis à un bout de papier. Croire que l’on peut infléchir le destin d’un pays en glissant une petite enveloppe dans une petite boite relève de la pensée magique.

Les gouvernements passent, les élus changent, mais l’appareil d’État reste inaltérable car il est hors d’atteinte. L’Etat est structuré pour résister à tout ce qui est extérieur à lui-même.

Prenez les ministères, les hautes administrations, les juridictions, les agences, les comités, les corps intermédiaires, les conseils d’orientation, les hautes autorités, les commissions diverses. C’est là que se trouve le pouvoir. Ces entités représentent la permanence républicaine. C’est l’État profond à la française ; c’est une machine tentaculaire qui n’est pas conçue pour écouter la volonté populaire, mais pour durer, pour poursuivre son existence en dehors du contrôle démocratique.

Le mythe du vote comme outil de transformation du réel fonctionne parce qu’il repose sur une confusion savamment entretenue. Une confusion entre « choisir un visage » et « transformer une structure ».

On ne vote pas nos lois ou le fonctionnement du pays. On vote pour des représentants. Or, on ne réforme pas un château en changeant de majordome. Les électeurs élisent des gestionnaires, pas des refondateurs. Les grandes promesses électorales, comme « moraliser la vie publique », « refonder la République », « faire table rase des abus », « supprimer les normes inutiles », tout ça c’est du théâtre. Dans la réalité du fonctionnement quotidien de l’Etat français, personne ne tient compte de ces promesses. L’Etat est une technostructure autonome, dotée de sa propre logique, qui sert ses propres intérêts structurels. Tout cela est masqué par un mépris de classe dissimulé sous un langage inclusif.

Le vote ne permet pas au peuple de s’exprimer. C’est un outil de contrôle du peuple. Plus on le présente comme une occasion de transformer le pays, plus il agit comme un sédatif collectif. On ne descend plus dans la rue, on ne construit plus d’alternative, on ne pense plus la révolution. On attend la prochaine élection comme on attendait autrefois le Messie.

En ce sens, le vote devient un exutoire, une décharge symbolique qui permet de croire qu’on agit alors qu’on se soumet. Ce n’est pas de la démocratie, mais de la délégation passive. On fait croire au peuple qu’il est souverain alors qu’il ne vote pas directement ses lois ; il vote, au contraire, pour des représentants qui vont imposer des lois venues d’ailleurs, décidées par des gens qui travaillent pour les entités administratives citées précédemment, qu’on ne peut jamais sanctionner et que l’on ne voit jamais.

A l’Education nationale, par exemple, ce ne sont pas les ministres de l’Education qui font les réformes. Ils n’ont pas le temps. Les ministres s’enchaînent à une vitesse vertigineuse depuis des années. Ce sont les hauts-fonctionnaires qui décident des programmes, qui organisent les réformes. Et ces gens-là ne sont pas remplacés à chaque nouvelle élection. Ni les professeurs, ni les parents d’élèves n’ont le moindre pouvoir démocratique sur ces gens-là.

Et au niveau local, dans les petites mairies, par exemple, c’est la secrétaire qui tient la boutique. Une secrétaire de mairie qui fait toute sa carrière dans une commune voit défiler une ribambelle de maires qui savent s’adresser à leur population mais qui ne savent même pas comment mandater une facture ou ouvrir le registre des décès en début d’année civile. C’est la secrétaire qui dit au maire ce qu’il doit faire ou ne pas faire.

Tout système complexe est maintenu par des éléments impermanents qui ne sont pas soumis aux vents contraires de la démocratie. Ces éléments, ce sont les règlements et les individus chargés de les faire respecter. Si les règles restent les mêmes, qu’importe qui les fait appliquer.

La France n’est pas une démocratie directe, et ce n’est même pas un secret. On nous enseigne dès le collège que nous vivons dans une démocratie représentative. Nous ne choisissons pas les lois qui gouvernent nos vies.

Dans un tel système, le vote est nécessairement stérile. C’est un mécanisme d’encadrement du peuple par des professionnels de la parole publique. Le citoyen, après avoir voté, est prié de se taire pendant la durée du mandat qu’il vient d’offrir à ses représentants. Ainsi, le vote est la caution qui légitime le mépris, les trahisons et les reniements.

N’avez-vous jamais remarqué que le vote du peuple coïncide toujours étrangement avec la continuité parfaite de tout ce qui l’oppressait la veille ?

Retrouvez les différents textes des Nouvelles Mythologies Françaises sur la page consacrée.

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