Introduction au harcèlement d’ambiance
Vos collègues de travail échangent des blagues grivoises, vous parlent de leurs habitudes au plumard et font référence à leurs goûts en matière de femme ? Vous pouvez donc porter plainte contre votre entreprise, car vous êtes exposé à du harcèlement d’ambiance, même si vous n’êtes pas directement visé par les allusions, et votre employeur ne fait rien pour garantir votre sécurité.
Je ne suis pas en train d’halluciner, ce dont je vous parle est très documenté, très normé, on a d’ailleurs vu tomber les premières condamnations.
C’est vraiment très sérieux, je vous mettrai des sources dans la description de l’émission pour que vous puissiez prendre connaissance de l’évolution de la loi en matière de relations professionnelles.
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Merci à Marc BluerSky
J’ai découvert ce concept par l’entremise de Marc Bluersky, créateur de contenu, qui a produit une émission sur ce sujet. Il a expliqué les implications de la loi en matière de harcèlement d’ambiance, mais il n’a pas expliqué à son audience pourquoi une telle loi existait.
Je vais donc pousser la réflexion pour vous expliquer ce que cette évolution de la société dit de notre époque, de l’évolution du rapport homme – femme, et de notre rapport aux collègues de travail.
Définition du harcèlement d’ambiance
Le harcèlement d’ambiance, c’est une forme de harcèlement sexuel qui ne vise pas une personne en particulier. Il se manifeste par des propos, des discussions, des blagues, ou des allusions de la part des collègues qui contribuent à créer une ambiance de travail anxiogène, un climat toxique. Il suffit que deux collègues hommes échangent des blagues graveleuses ou des allusions coquines pour créer ce climat toxique qui peut faire l’objet d’un procès de la part d’une victime de ce harcèlement d’ambiance. Et cette victime n’a pas besoin d’être la cible des propos. Même si les messieurs font des blagues répétées sur leurs propres compagnes, un ou une collègue peut porter plainte contre l’entreprise qui ne fait rien pour mettre un terme à ce climat toxique.
Et si on vous fait une remarque spécifique sur votre apparence physique, sur votre manière de sourire ou de ne pas sourire, sur votre manière de boire ou de manger, alors là on bascule encore plus facilement vers le harcèlement ciblé, et vous pourrez porter plainte encore plus facilement, à la fois contre l’employeur et contre le collègue indélicat.
La Justice se positionne
La justice prend désormais très au sérieux le harcèlement.
Et qu’importe si les remarques n’étaient pas destinées à blesser ou offenser un collègue. Ce qui compte, c’est l’effet de la remarque sur la victime qui se plaint. Il suffit de heurter les sentiments ou l’estime de soi de quelqu’un pour être accusé de harcèlement.
Pour l’instant, ce harcèlement d’ambiance se limite aux remarques sexistes et sexuelles, mais tout est potentiellement sexiste et sexuel. Une remarque sur une tenue, une coiffure ou un parfum peut être litigieuse si quelqu’un se sent heurté par cette remarque. Faire remarquer à un homme ou à une femme qu’il ou elle a des cernes et n’a peut-être pas bien dormi peut être ressenti comme une allusion à ce qu’il ou elle a fait au lit hier soir. Ce qui compte, ce n’est pas le propos en lui-même, mais sa perception par la victime.
Temporalité : quand apparaît le harcèlement d’ambiance ?
Ce qui m’intéresse aussi, c’est la temporalité. Les premières lois apparaissent aux USA dans les années 80, au moment où la génération des baby boomers qui voulaient faire la révolution, qui consommaient des stupéfiants et qui tirait à droite à gauche sans se soucier du lendemain commençait à s’embourgeoiser.
L’embourgeoisement est un point de rupture dans la vie des hommes et des femmes. Quand on est jeune, on est libertaire, on ne supporte pas les interdits, on veut renverser l’ordre établi. Puis, on grandit, on s’insère dans la société, on trouve sa place, on accumule de l’argent et du patrimoine et on devient alors conservateur : on veut préserver l’ordre qui nous a permis de nous construire une vie de bourgeois tertiarisé.
C’est exactement ce qu’il s’est produit avec la génération des boomers, et la temporalité des premières lois de lutte contre le harcèlement d’ambiance en est la preuve.
Comment ces lois transforment l’Occident ?
Ces lois font basculer l’Occident d’une période de fête, de grande liesse populaire, de liberté des mœurs et de vagabondage amoureux qui faisait l’apologie de l’amour libre, de la rencontre spontanée entre les hommes et les femmes, à une période de censure, de susceptibilité, de repli sur soi, de bâillonnement de la parole de l’autre, de réduction des libertés individuelles, de l’effacement des désirs, car plus rien ne doit bouleverser l’ordre établi, sécurisant, qui a permis la construction de la carrière et du patrimoine.
Les années 80 dans le cinéma américain, c’est les années de la subversion, du triomphe de la liberté individuelle, de la libération des mœurs, des relations décomplexées entre les hommes et les femmes, de l’aventure au sens large.
On peut citer Top Gun, Dirty Dancing, Flashdance, 9 semaines et demi, Splash, Indiana Jones, A la poursuite du diamant vert. Des films cultes qui présentent une vision très optimiste de la vie, dans lesquels les héros prennent des risques, voyagent, séduisent facilement, conduisent de belles voitures, boivent comme des trous et fument comme des pompiers. Le message d’Hollywood, c’est que l’avenir appartient à ceux qui osent partir à l’aventure, à ceux qui mettent une main au cul d’une nana, car l’aventure n’est pas seulement un voyage au bout du monde, mais aussi un voyage au bout des tabous et des craintes de la génération précédente.
Pourtant, dans ces mêmes années 80, au sein de l’administration américaine, les juristes préparaient des lois qui criminalisaient les relations homme-femme dans le cadre du travail.
Pourquoi ce concept prend de l’importance ?
Car le travail consiste à être forcé de vivre avec des gens qu’on n’a pas choisis. Or, vivre avec d’autres êtres humains devient insupportable.
On nous dit que l’humain est un animal sociable. On a besoin de compagnie humaine, besoin de parler, d’interagir. C’est vrai. Toutefois, personne n’a envie de se voir imposer la présence d’inconnus lourdingues toute la journée. On voit davantage nos collègues que notre famille et nos amis, et les collègues sont très souvent de gros lourdauds, de vrais connards et de vraies connasses, que l’on fuirait naturellement dans la vie de tous les jours.
Monde du travail = sociabilité subie -> harcèlement d’ambiance
Le monde du travail nous impose la présence de gens qui nous répugnent profondément. Par l’odeur, l’aspect physique, la conversation, le ton de la voix, la manière d’être. Souvent, on doit manger avec eux, les avoir en face pendant qu’ils mastiquent, et subir leur conversation. Ils agressent notre vue, notre ouï, et très souvent notre odorat car leur gamelle du midi semble avoir été composée avec des restes de poubelle.
L’environnement de travail est un environnement carcéral. Marc Bluersky appelle ça « la cage de bureau sous lumière artificielle ». Le mot cage est particulièrement bien choisi. On est enfermés avec des congénères insupportables. Telle est la réalité du quotidien qui récompense nos années d’études.
Prospective
On marche vers le silence généralisé, et l’exacerbation de la susceptibilité des gens.
Je suis particulièrement pessimiste sur l’avenir de la société occidentale. La tendance actuelle va évidemment se prolonger sur sa lancée, et s’intensifier.
Le travail tertiaire produit massivement des êtres émotionnellement perturbés, des grands névrosés qui ne supportent ni leur travail, ni leurs collègues, ni leur hiérarchie. On va donc se diriger vers un monde de censure et d’autocensure.
La volonté de censurer ses collègues
Attendu que l’on ne supporte pas la présence de l’autre, on va vouloir lui interdire d’ouvrir la bouche. Tout ce qui sera dit dans l’espace de travail sera susceptible d’être interprété de manière litigieuse afin de déposer plainte contre l’employeur.
L’employeur va donc museler ses employés, les surveiller de près, les mettre en garde contre les comportements inadéquats (qui seront innombrables), et sanctionner préventivement tout propos qui pourrait faire l’objet d’une plainte par un tiers. Le travail tertiaire va donc reproduire les conditions de vie des habitants de l’URSS, et chaque chefaillon va se transformer en Staline d’open space.
Vers l’autocensure
Dans le même temps, les employés vont s’autocensurer de peur d’être accusés de quoi que ce soit. Le silence total va donc finir par régner dans les espaces de travail du secteur tertiaire. Même si aucun règlement intérieur n’interdira formellement aux employés de s’exprimer à voix haute, les employés choisiront de se taire, de ne plus dire un seul mot, à part, peut-être, « bonjour » le matin et « au revoir » le soir.
Le simple fait d’interpeller quelqu’un dans un couloir pourrait être interprété comme une agression au regard du ton de la voix ou du langage non verbal.
S’adresser à un collègue en lui disant « Madame » ou « Monsieur » ne serait évidemment plus toléré, car rien ne nous dit si le collègue en question s’identifie comme un homme ou comme une femme, ou comme un crocodile. Le risque de mégenrer (confondre un homme avec une femme, et réciproquement) l’autre serait trop important pour se risquer à utiliser ces deux mots, certes anodins, mais susceptibles d’envoyer celui ou celle qui les emploie en prison.
Les employés face au harcèlement d’ambiance
Les employés seront, dans leur grande majorité, très heureux de cette évolution, car vivre au contact de collègues pour la plupart insupportables est une expérience particulièrement déplaisante.
Moi-même, si j’en avais le pouvoir, j’imposerais le silence dans le service pour lequel je travaille, afin de ne plus entendre les mémères fonctionnaires parler de leur jardin, de leurs enfants, leurs chats, leurs chiens, leurs maris, leurs voisins, le chaud, le froid, la pluie. Elles sont heureusement trop âgées pour me parler de leurs amours, c’est toujours ça de gagné ! Et les collègues ne peuvent pas non plus se sentir entre elles. C’est la foire aux commérages, aux critiques, aux piques assassines chuchotées dans le dos des unes et des autres. Elles forment des petits clans et rêvent de pouvoir faire taire l’autre camp.
La sociabilité subie fait plus de mal que de bien
Néanmoins, la sociabilité ne consiste pas à vivre continuellement entouré de gens qui nous déplaisent. Ce n’est pas ça « être un animal sociable ». Ça, c’est tolérer des importuns. Or, la tolérance, contrairement à ce qu’on nous a enseignés à l’école pour nous manipuler, n’est pas une bonne chose, et c’est encore moins une valeur à défendre.
Tolérer, c’est supporter quelque chose qui ne nous convient pas. On ne devrait pas nous enseigner la tolérance, mais, au contraire, l’intolérance. Nous ne devrions jamais tolérer ce que nous avons du mal à supporter. On devrait nous apprendre à comprendre notre place dans l’univers, à penser notre trajectoire de vie, à saisir le rôle que nous pouvons jouer sur terre, à affirmer notre volonté.
Si on nous enseigne la tolérance, c’est parce que nous vivons dans un monde proprement insupportable que nous devrions faire voler en éclats au lieu de le tolérer. Un individu tolérant finit employé de bureau avec une paye misérable, une retraite en peau de chagrin, et une vie de regrets. Et il n’a que ce qu’il mérite !
Cet homme tolérant a vocation à finir avec le dard d’un travelo sénégalais dans la boite à chocolat en récitant la Shahada pour éviter d’être accusé de racisme, d’islamophobie, d’homophobie et de transphobie. Une vie de tolérance, c’est-à-dire une vie d’esclave salarié dans une cage de bureau sous lumière artificielle, n’est pas une vie.
Le tertiaire nous asservit et nous attriste
Le tertiaire est une cage, et le silence des collègues est le seul petit confort que demande le salarié à son employeur. C’est comme dans un chenil : les chiens sont enfermés dans leur box, car s’ils vivaient tous les uns sur les autres, ils se boufferaient. L’être humain est plus évolué qu’un chien, alors, au lieu de décharger physiquement sa frustration sur ses collègues, il somatise, il refoule, il garde toute sa rancœur pour lui, et développe en conséquence des névroses. S’il demande aujourd’hui à ses collègues de se taire, et à son employeur de les faire taire, c’est pour éviter de sombrer définitivement dans la psychose. La cage s’est refermée sur lui depuis longtemps, et, au lieu d’en sortir pour s’en libérer, il demande à la justice d’alléger ses souffrances en faisant taire les voix qu’il entend du matin au soir.
Que dit le harcèlement d’ambiance de notre époque ?
Nous vivons une période de grand bouleversement des rapports entre les individus. La chose la plus élémentaire, à savoir s’adresser à ses semblables, va bientôt être perçu comme une attaque, une agression.
Réalisez-vous ce que la modernité a fait à l’être humain ? Cette modernité a tout d’abord dégradé les relations entre l’homme et la femme, qui sont pourtant la base de la vie et de la perpétuation de la vie, et elle dégrade désormais les interactions sociales les plus simples.
Nous vivons une époque unique et formidable
Personnellement, je trouve cette époque fascinante car elle nous permet de voir comment évolue l’être humain soumis au stress permanent dans un environnement semi-carcéral, au contact de semblables dont la présence lui est imposée, et dans des habitats avec une très forte densité de population.
Nous vivons une époque de vérité. Nous avons l’occasion de voir ce qu’est vraiment l’être humain, d’analyser ses réactions dans un environnement artificiel rendu infernal par la présence de ses semblables.
Une expérience nous donne une idée de l’évolution de notre société
Si vous voulez savoir comment ça va finir, je vous renvoie à l’expérience menée par John B. Calhoun à la fin des années 60, connue sous le nom d’« Univers 25 » ou de « cloaque comportemental ».
C’est une expérience qui consistait à fournir à des rats un environnement paradisiaque, un lieu de surabondance de nourriture et de confort, et de voir comment ils évoluaient.
Sans surprise, les rats se sont multipliés, ils ont atteint une densité de population dantesque, et ont, en conséquence, développé des comportements totalement inattendus et sont devenus complètement fous. Quelques-uns se sont laissé dépérir ; d’autres vivaient en horaires décalés et mangeaient quand tous les autres dormaient ; certains sont devenus catatoniques, ils ont coupé toute interaction avec leurs congénères.
Je vous renvoie à deux émissions réalisées il y a des années par Raphaël et Pierre-Yves Lenoble, dont vous trouverez les liens ci-après.
Liens
L’émission de Marc Bluersky sur son site internet : https://marcbluersky.com/podcast/vous-etes-certainement-victime-de-harcelement-d-ambiance-vos-droits-et-indeminisations
Ressources consultées :
https://www.village-justice.com/articles/harcelement-ambiance-charge-preuve-responsabilite-employeur,58046.html
https://www.unsa.org/veille_jo/harcelement-sexuel-dambiance-la-cour-de-cassation-reconnait-le-prejudice-dexposition/
Les émissions sur les cloaque comportemental :
– Le cloaque comportemental – La dégradation du matériel humain (avec Ralf) : https://youtu.be/O1PLnisY7mc?si=3ZGEhBiL3JbbtSxH
– Le cloaque comportemental #2 – la dégradation du matériel humain (avec Ralf et Max) : https://youtu.be/JxjrYJUf-Lw?si=VqdaWtBIK2Oag5x-