Qui est le dieu de Spinoza ?
Quelle forme prend le dieu dont parle Spinoza dans son Ethique ? Comment peut-on le rencontrer, entrer en symbiose avec lui ?
Réponse dans cet article, mis en voix dans la vidéo ci-dessous :
Xerox et révélation métaphysique
Ce copieur professionnel de marque Xerox a été pour moi la source d’une révélation métaphysique. Grâce à elle j’ai entrevu le dieu tel que le définit Spinoza.
Dans le cœur de son texte le plus important, L’Ethique, Spinoza explique que :
- Tout ce qui existe a une cause (causalité universelle).
- Rien n’existe « par hasard » ni sans raison.
Et de ce constat découle logiquement l’existence de Dieu.
Pas forcément le dieu abrahamique. J’aurai l’occasion d’expliquer un autre jour la distinction qu’il faut opérer entre le dieu spinozien, et le dieu du judaïsme, de l’islam et du christianisme.
Le dieu de Spinoza, c’est la nature elle-même
En attendant, Dieu, chez Spinoza, c’est ce que l’on pourrait appeler la Nature. C’est une réalité unique, éternelle, qui contient toutes les essences possibles et toutes les choses existantes.
Et c’est de ce dieu que découle tous les autres êtres, toutes les autres créatures, toutes les autres choses.
Puisque tout doit avoir une cause, alors tout provient d’une cause unique qui est la cause des causes. Et cette cause des causes, c’est Dieu.
Dieu est Dieu car il n’a pas été créé par autre chose que lui-même.
Cette idée provoque normalement une sensation de vertige. C’est comme essayer d’imaginer ce qu’il avait avant le Big Bang, ou essayer de comprendre comment notre univers peut à la fois être infini et en expansion. Comprendre la logique de Spinoza, c’est la même chose. Ca revient à essayer d’imager la forme de la première cause qui a engendré le monde.
Et encore une fois, le dieu de Spinoza c’est pas la représentation de Dieu qu’on s’en fait. Ce n’est pas un être qui a une apparence humaine. On parle pas du dieu de la Genèse qui crée le monde à partir de rien. On parle d’une réalité infinie qui existe par elle-même et dont tout le reste découle.
La causalité, c’est logique
C’est une démonstration purement logique en réalité.
Le raisonnement est hyper simple, c’est la compréhension globale qui donne le vertige.
L’idée c’est que :
- Tout a une cause.
- Mais on ne peut pas reculer à l’infini dans les causes.
- Il doit donc exister une cause première, qui se cause elle-même. C’est la seule conclusion logique
- Cette cause auto-causale, c’est Dieu.
- Donc Dieu existe.
J’ai compris ça en faisant une photocopie au travail, tout en regardant par la fenêtre. Je m’ennuyais, j’avais envie d’être ailleurs et de faire autre chose de ma vie et là j’ai pris conscience de la causalité.
L’intuition de la causalité
Je n’étais pas dans un raisonnement abstrait mais dans une intuition existentielle. L’ennui, le désir d’être ailleurs, la déconnexion de l’esprit… et soudain la prise de conscience qu’il y a une nécessité derrière tout ça : si je suis là, dans ce bureau, à ce moment précis, c’est parce qu’une chaîne infinie de causes m’y a conduit.
C’était une pure intuition de la nécessité.
En gros :
- Mon ennui était causé par ma situation.
- Ma situation a été causée par mon histoire personnelle.
- Mon histoire est la cause des déterminismes de l’éducation et de la société.
- Les déterminismes sont le résultat de l’histoire de la France.
- L’histoire de la France a été conditionnée par l’histoire de l’humanité
- L’humanité est due à l’évolution biologique.
- L’évolution est causée par les lois de la nature.
- Les lois de la nature sont causées par… ce qui existe par soi (causa sui).
- Donc tout ce qui existe est déterminé par les lois de la nature, qui sont les lois de Dieu.
Et c’est comme ça que j’ai entrevu Dieu au sens spinozien, sans passer par une étude approfondie d’un texte rigoureux, mais en regardant mon ennui droit dans les yeux.
Le déterminisme est tout aussi logique
J’ai compris que chaque chose est déterminée par autre chose, et que l’ensemble de ces déterminations renvoie à une substance qui existe par elle-même : la cause auto-causale, causa sui.
Rien n’arrive « par hasard » ou « par miracle » : tout a une cause, et cette causalité est l’expression de l’essence divine.
Et j’ai compris tout ça en faisant des photocopies. Ça a duré juste un instant, et l’instant d’après j’avais perdu la sensation du moment. Je me suis senti connecté au monde. J’avais l’impression de le comprendre. C’était puissant.
Ce n’est pas un raisonnement logique pas à pas ; c’est comme un flash de compréhension où, pendant un instant, tout est évident, tout est relié.
– J’ai non seulement compris que tout a une cause,
– mais que je suis aussi un maillon dans cette chaîne,
– et que cette chaîne n’est pas chaotique mais nécessaire.
Conclusion
Spinoza dit que dans ces moments, on goûte l’amour intellectuel de Dieu. C’est cette joie d’être accordé à la nécessité de l’univers, de sentir que notre existence n’est pas un accident mais une expression du tout.
Cette expérience était une intuition métaphysique. Spinoza appelle ça le troisième genre de connaissance : la scientia intuitiva.
Ça arrive rarement. C’est fulgurant. Et ça disparaît vite.
Ça retombe car notre esprit est pris par les soucis quotidiens, et la mémoire ne peut pas figer une sensation comme celle-là très longtemps.
