Pourquoi le Mal existe ? Cette question est fondamentale dès que l’on affirme l’existence de Dieu, à savoir un être suprême à l’origine de la Création. L’on se demande naturellement pour quelle raison un tel être permettrait au Mal d’exister. J’ai trouvé une réponse dans le Mesnevi, un recueil de contes soufis, écrit par Rûmi au XIIIe siècle.
Les contes soufis
Le recueil comprend plusieurs contes qui mettent en scène un homme qui comprend l’existence de Dieu non pas en voyant le Bien, mais en voyant le Mal, la misère, la souffrance, et donc la nécessité d’un principe supérieur.
Cet homme se dit en substance « Si tant de cruauté existe ici-bas, c’est bien qu’il y a un Autre qui gouverne au-delà de ce monde. » Le mal est le signe de l’existence du Bien suprême. Cet homme voit le mal si clairement qu’il comprend l’existence de Dieu par contraste.
La logique soufie est la suivante :
- Le mal montre la limite de l’humain.
- La limite de l’humain prouve la transcendance (la puissance de Dieu qui est au-dessus de lui).
- Donc, l’existence du mal indique qu’il y a un Bien absolu ailleurs.
Le mal ne peut être absolu. Il doit bien y avoir une lumière derrière une ombre si épaisse. L’Ombre révèle la Lumière.
La logique soufie
Le monde est imparfait. C’est la preuve que le monde ne se suffit pas à lui-même. La souffrance révèle ce qu’il manque à l’être humain et appelle un Absolu. Le manque prouve le plein. La corruption prouve la pureté. La misère prouve le Bien.
C’est une logique par négativité.
Le mal est une ombre ; l’ombre n’existe que parce qu’il y a une lumière derrière.
La misère montre que ce monde n’est pas le vrai royaume ; ce monde est un voile, un test, une école.
La souffrance fait naître la certitude du divin ; non pas par consolation sentimentale, mais par intuition métaphysique.
L’homme voit Dieu parce qu’il voit le chaos ; l’ordre caché se devine derrière le désordre visible.
La misère est un professeur spirituel ; dans le soufisme, tout ce qui fait mal fait mûrir.
Mais c’est quoi le soufisme ?
Le soufisme est la dimension mystique et intérieure de l’islam.
Si l’islam classique est la sharî‘a (la loi, ce qu’il faut faire) et la aqîda (la doctrine, ce qu’il faut croire), alors le soufisme c’est ihsân (la transformation de l’être, ce que l’on devient).
Le soufisme s’occupe de : l’ego, le cœur, la présence à Dieu et l’extinction du moi (l’égo).
Différence entre la mystique et l’ésotérisme
Pour conclure, je propose de faire la distinction entre la mystique et l’ésotérisme.
Mystique
La mystique est l’expérience directe du Réel ultime (Dieu, l’Absolu, l’Un).
Ce n’est pas une croyance, ni une doctrine. C’est un état de conscience où la séparation tombe.
Ésotérisme
L’ésotérisme est l’ensemble des moyens, symboles et savoirs qui conduisent à cette expérience. mystique
L’ésotérisme est la carte. La mystique est le territoire.
