Le service public français : coûteux et inefficace.
Le service public français : coûteux et inefficace.

On vous l’a enseigné et vous l’avez appris par cœur : le service public, en France, est impartial, neutre, équitable et performant. C’est une sorte d’abstraction qui flotte au-dessus des intérêts personnels, des biais idéologiques et des mesquineries humaines. C’est un rêve républicain incarné dans la figure du fonctionnaire besogneux, incorruptible et bienveillant, dont l’unique mission serait de servir l’usager avec une rigueur quasi-militaire. Sur le papier, c’est sublime. Dans les faits, c’est kafkaïen.

Soyons francs dès le début, car mes lecteurs ne me pardonneraient pas mes atermoiements républicains. Le service public français est lent, opaque, inefficace et infantilisant.

En mars 2025, j’ai voulu refaire ma carte d’identité et avoir mon premier passeport. J’ai dû attendre plus de deux mois.

Et cet exemple personnel a une valeur universelle, car c’est pareil pour tout. Dès que l’on sollicite le service public, on sent qu’on le dérange, qu’on l’empêche de faire la sieste.

Une demi-heure d’attente au téléphone avec l’assurance maladie pour entendre la voix atone d’une conseillère qui vous raccroche au nez.

Des heures d’attente pour tout.

Et surtout : aucune formule express. Aucun traitement prioritaire pour une urgence vitale, pour un voyage imprévu, pour une situation exceptionnelle. Pas moyen de payer pour mettre son dossier au-dessus de la pile. Ce serait inégalitaire, voyons ! En République, tout le monde est égal devant l’inefficacité du service public.

Dans n’importe quel pays un peu pragmatique, on peut payer un supplément pour obtenir son document en 48h. Aux Pays-Bas, au Danemark, en Estonie, ou même au Maroc, c’est faisable. En France, ce serait une trahison de l’égalitarisme moral. Ce n’est pas qu’on ne sait pas faire vite. C’est qu’on refuse de faire vite, par dogmatisme. L’égalité devient le prétexte au nivellement par le bas. Si tout le monde ne peut pas avoir mieux, alors personne ne doit l’avoir.

Ajoutez à cela la toute-puissance de l’habitude, de la procédure encroutée, et de l’agent qui “applique la circulaire” comme d’autres exécutaient les ordres en 1942. Pas de flexibilité, pas de discernement, pas de bon sens. On suit le protocole, même s’il est absurde, obsolète, ou injuste. Y a une urgence ? On s’en fiche. Ah, votre cas est particulier, vous ne rentrez pas dans nos cases, on annule tout.

Le fonctionnaire laisse la machine administrative penser à sa place. Pas besoin de réfléchir quand des formulaires le font à votre place.

Chaque fonctionnaire pourrait être ainsi être remplacé par un algorithme automatisé, mais la République ne saurait plus comment dépenser votre argent, alors elle continue de les payer avec votre argent.

L’administration ne sert pas toujours le public : elle se sert elle-même. Elle se protège, elle se reproduit, elle gère ses carrières internes, ses ratios, ses grilles indiciaires, ses conflits syndicaux, bien plus que vos dossiers. Les fonctionnaires sont souvent plus préoccupés par la défense de leur statut que par la qualité du service rendu.

Mais la mythologie est bien ancrée : le service public garantit la justice, la neutralité, la civilisation. Le remettre en question, ce serait pactiser avec le privé, c’est-à-dire Satan. On préfère donc que tout le monde galère de la même manière, plutôt que d’inventer un système fluide, adaptable et moderne.

On nous parle de transition numérique depuis 20 ans ! Oh, elle a bien eu lieu. Ailleurs… En France, la “numérisation” du service public se résume souvent à remplacer un formulaire papier par un PDF non modifiable à renvoyer par La Poste.

Mais rassurez-vous : ce n’est pas une mauvaise volonté. C’est une vision du monde. Une vision où l’efficacité etla rapidité sont suspectes. Dans cette vision, la satisfaction du client est un concept capitaliste abominable. Il faut que le citoyen mérite son papier. C’est cela, l’impartialité à la française : un traitement pareillement pénible pour tous, quel que soit votre cas ou votre besoin.

Retrouvez les différents textes des Nouvelles Mythologies Françaises sur la page consacrée.

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