« Français fauchés », une AOP déposée à l’INPI
« Les Français n’ont plus un rond ! Les Français sont fauchés comme les blés ! «
Cela fait des décennies qu’on nous le chante, sur tous les tons, comme une vieille rengaine qu’on ne remet jamais en question. La classe moyenne s’écroulerait, les fins de mois commenceraient le 5, tout le monde mangerait des coquillettes au beurre en priant pour que le chauffage tienne jusqu’en mars. On se croirait à la veille d’un effondrement économique, façon Argentine, version BFMTV.
Sauf que… Sauf que cette complainte est chaque jour démentie par la réalité. Il suffit d’ouvrir les yeux, mon ami.
Partout, les Français fauchés multiplient les dépenses
Va faire un tour dans un supermarché un mardi à 14h. Y aura foule. Les chariots débordent. On croise des enfants en âge d’être à l’école en train d’essayer des baskets à 90 euros pendant que maman compare les pots de Nutella.
Va au restaurant un jeudi soir.. Y aura pas une table de libre. Maintenant il faut réserver le resto à l’avance si tu veux pouvoir y poser tes fesses. Les Français fauchés sont là, à se partager des planches apéro à 18€ et des cocktails à 12€, en chouinant que « tout augmente », entre deux stories Instagram.
Essaie de te mettre au vert le temps d’un week-end dans un coin reculé. Tu seras pas seul. Tu tomberas en pleine transhumance des Français fauchés au pouvoir d’achat effondré, qui partent s’aérer dans des gîtes tout confort à 120€ la nuit, « parce qu’il faut bien profiter un peu ».
T’as regardé le niveau de l’épargne de tous ces Français fauchés ? Elle explose. Elle atteint un niveau historique. Le bas de laine national est à saturation, les livrets sont pleins, les assurances-vie ronronnent.
Les Français fauchés sont blindés comme Crésus
Tout le monde a le dernier smartphone à 1000 balles, des abonnements pour des services en ligne qui ne sont jamais utilisés, des fringues de marque, des trottinettes électriques et des bouteilles de vin bio.
Et derrière, les Français fauchés crient à la précarité comme des acteurs de tragédie mal payés. Ce pays est le seul au monde où l’on peut être en déficit émotionnel de pouvoir d’achat tout en multipliant les séjours en Crète, les brunchs et les crédits conso pour la voiture du moment.
Mais surtout, ce pays est champion toutes catégories de la pleurnicherie en situation de confort. On dépense comme jamais, on se gave comme jamais, et on se plaint comme toujours. C’est notre folklore à nous. Le Français ne sera jamais aussi heureux que lorsqu’il revendique sa misère en postant des messages sur les réseaux sociaux depuis son IPhone dernier cri.
Comme dit le proverbe, « Ce sont toujours ceux qui ont la bouche pleine qui crient famine. »
L’hypocrisie des Français fauchés
Il résume parfaitement cette posture hypocrite : se plaindre bruyamment d’un manque alors qu’on est objectivement dans l’abondance. Il s’applique à merveille à ce mythe national des Français fauchés qui mangent au resto, partent en vacances, remplissent leur coffre chez Leclerc, achètent les dernières merdouilles numériques hors de prix à leurs mouflets, mais qui continuent de gémir comme des miséreux au bord de l’effondrement.
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