Ils habitent à quinze bornes d’une petite ville, dans une maison pavillonnaire qu’ils ont achetée avant la naissance de leur enfant. Certes, elle n’est pas grande, mais elle a au moins un jardin, un coin pour respirer. Lui travaille dans un garage, elle dans un cabinet comptable. Ils ne sont pas des riches, mais ce ne sont pas des fainéants. Juste deux jeunes parents qui essaient de s’en sortir en travaillant.
Depuis le congé maternité, ils cherchent une solution pour faire garder leur fille. Ils ont fait toutes les démarches. La mairie, la PMI, les assistantes maternelles. Mais on leur a répondu que les places étaient prises, que les dossiers étaient à l’étude. On leur a conseillé de faire preuve de patience. Ça fait quand même déjà huit mois qu’ils patientent.
Alors, les grands-parents ont pris le relais. Au début, c’était pour rendre service, le temps que ça se mette en place. Et puis peu à peu, ça a changé de ton. Les remarques sont venues : « Dites, on n’est pas une crèche hein », « On a déjà donné, nous aussi », « On aimerait bien partir un peu en voyage maintenant qu’on est en retraite. »
Ils ont parlé de croisière Costa, de repos bien mérité. Et les jeunes ont hoché la tête, honteux d’avoir encore besoin de leurs parents pour s’en sortir à leur âge.
Le matin, ils déposent la petite avant d’aller travailler, toujours pressés, toujours fatigués. Le soir, ils la récupèrent endormie dans le transat. Ils disent merci, encore et encore. Ils savent que la gratitude ne suffira pas éternellement.
Les assistantes maternelles du coin sont toutes prises. Les rares disponibles demandent un tarif impossible pour leur budget. Et la crèche communale a une liste d’attente qui s’étend sur plus d’un an. À la mairie, la secrétaire compatit mais ne peut rien faire. Il n’y a pas de personnel, pas de moyens.
Parfois, ils se demandent si c’est eux qui s’y prennent mal. S’ils sont trop exigeants, trop naïfs, trop jeunes encore. Mais ils savent bien que le problème dépasse leur petite histoire. Autour d’eux, c’est pareil : des parents qui jonglent avec les horaires, qui déposent les enfants chez une voisine, qui se débrouillent comme ils peuvent.
Et les grands-parents, eux, finissent par soupirer. Ils veulent être gentils, mais ils ont envie de profiter de la retraite que financent leurs enfants. Ils sont fatigués d’une vie où même la retraite n’est plus une délivrance, mais un prolongement du travail des autres.
Alors le jeune couple s’organise comme il peut. Des matins plus tôt, des soirs plus tard, des kilomètres en plus. Ils se disent que ça passera, qu’un jour ils trouveront une place, une solution, un équilibre.
Mais pour l’instant, ils vivent au rythme des absences et des compromis, la peur au ventre qu’un jour, les grands-parents disent « non ».
Et ce jour-là, il faudra bien choisir : l’un des deux arrêtera de travailler. Et c’est là qu’ils comprendront que dans ce pays, avoir un enfant, c’est presque un luxe.
Ils n’ont pas étudié la sociologie ou les statistiques, mais ils pourraient expliquer à tout le Parlement pourquoi la natalité baisse un peu plus chaque année.