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  • ZFE, la haine des conducteurs
ZFE, la haine des conducteurs.

ZFE, la haine des conducteurs

Auteur11/07/202608/03/2026

Comme tous les matins, Nicolas se lève tôt. À six heures, il est déjà dans sa voiture, thermos de café posé à côté, moteur qui tousse un peu mais qui tient bon. Il habite à trente kilomètres de la grande ville, dans une de ces communes qu’on appelait autrefois les villes nouvelles. On y avait construit des pavillons, des ronds-points, des écoles, tout un modèle de vie pour les familles modestes. C’était la promesse d’un équilibre : la maison à crédit, la voiture pour aller travailler, la liberté de bouger.

Aujourd’hui, cette promesse disparaît. Depuis quelques mois, il ne comprend plus rien : les routes changent de sens, les voies se ferment, des panneaux ZFE surgissent comme des menaces. Il découvre que sa voiture, qu’il a pourtant entretenue, n’a plus le droit de franchir certains boulevards. On dit qu’elle est polluante, comme si lui-même était devenu un indésirable, un polluant, un déchet.

À la radio, il entend les élus dire que c’est pour la planète, que la transition écologique est nécessaire. Il se demande pourquoi ce sont toujours les mêmes qui paient les transitions. Ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter une voiture neuve, ceux pour qui le gasoil n’est pas un caprice mais une condition de survie.

Chaque semaine, il découvre un nouveau piège. Une rue devenue piétonne “pour apaiser la circulation”, un rond-point transformé en piste cyclable, un sens interdit qui l’oblige à faire dix minutes de détour pour sortir du parking. À force, il a l’impression que la ville se replie sur elle-même, qu’elle ferme ses portes à ceux qui n’y vivent pas déjà.

Les citadins parlent des “bagnoleux” avec mépris, comme s’il était un vestige d’un monde arriéré. Ils vantent les mobilités douces, les trottinettes, les applis de covoiturage. Mais lui, il travaille à des horaires où le bus ne passe pas. Et quand il pleut, quand il faut ramener les courses ou les enfants, personne ne vient lui prêter une trottinette.

Il se souvient encore du jour où l’État avait encouragé les gens à s’installer là-bas, hors des grandes villes. “Les villes nouvelles”, disait-on, c’était l’avenir : un pavillon pour tous, de l’air pur, de la tranquillité. On ne leur avait pas dit qu’un jour, cette distance deviendrait une faute, et même un péché.

Alors il conduit encore, prudemment, en serrant les dents quand il voit les panneaux “interdit sauf riverains”. Il sait qu’un jour, il n’aura plus le droit d’entrer du tout. Il deviendra ce qu’il est déjà un peu : un étranger dans son propre pays, chassé de la ville où il travaille, où il paie ses impôts, où il a toujours fait ses courses.

Et il rit jaune quand il entend les politiques dire qu’ils veulent “reconnecter la France des territoires”. Parce qu’en réalité, tout est fait pour que cette France-là reste dehors, coincée dans les bouchons qu’on a créés exprès pour la punir d’exister.

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