L'homme qui n'aimait pas Pascal PRAUD, nouvelle comique absurde
L'homme qui n'aimait pas Pascal PRAUD, nouvelle comique absurde

Dans un village tranquille, un problème inattendu s’est installé. Les vieilles dames préfèrent accorder leur attention à des vedettes de la télévision plutôt qu’à leurs maris.

Face à cette menace existentielle, René a décidé de réunir ses vieux amis pour réagir. Pas avec des mots, mais avec un plan.

Un plan simple… Et totalement absurde !

L’idée ? Faire venir Pascal PRAUD, le célèbre journaliste dont s’est entichée sa femme, dans le village pour lui faire passer l’envie de suborner sa femme. Le plus beau, c’est que ce plan a marché !

Découvrez comment Pascal PRAUD va se tirer de ce guêpier à travers cette nouvelle comique que j’ai écrite !


Ce matin encore, Pascal PRAUD était dans le salon de René. Il susurrait directement dans l’oreille de sa femme et la dressait contre lui.

Plusieurs mois auparavant, ce couple avait été cassé. Cette cassure avait un nom et un visage. C’était Pascal PRAUD !

Depuis, la cohabitation et l’avenir étaient compromis. Par la faute de Pascal PRAUD, qui retournait le cerveau de sa femme.

Ce matin-là, René ne dit rien. Il était las des disputes et fatigué de répéter toujours les mêmes choses. Alors, il mit son pantalon beige en velours côtelé, enfila ses souliers, passa une chemise, mit son veston et prit sa veste sous son bras, et sortit. Il prendrait le petit-déjeuner ailleurs. Il habitait la « maison rouge », adjacente à l’église, et le bistrot était à deux pas de là.

Monique, sa femme, ne l’entendit même pas sortir. La voix du satyre briseur de ménage l’hypnotisait.

Il passa la porte du Café de la Cloche, rue Broca, où les habitués en étaient déjà à leur deuxième verre de blanc. René prit le journal sur le comptoir, alla s’asseoir à sa place habituelle, et commanda un café, un croissant et une petite tasse de crème fraîche liquide.

Ses compagnons de bistrot, qui fuyaient eux aussi le foyer qu’ils avaient passé leur vie à bâtir et qui était désormais la tanière de leur rombière dont ils pensaient avoir été amoureux un jour lointain, ne purent s’empêcher de remarquer son mélange de fatigue et de colère qui transparaissait dans les frémissements incontrôlables de ses lèvres et dans les tremblements de ses doigts qui faisaient tressauter le journal qu’il tentait de lire.

Trois des piliers du bar, qui faisaient chaque jour la tournée des débits de boissons du matin jusqu’au soir pendant que leur bonne femme restait à la maison comme une moule accrochée à son rocher, s’approchèrent précautionneusement de leur ami infortuné.

« Qu’est-ce qui t’arrive donc, mon René ? » fit l’un d’eux.

Et pendant plus d’une heure, le René vida son sac.

Il y a six mois, son fils avait eu l’ingénieuse idée d’offrir à ses parents leur premier ordinateur portable. La mère était naturellement restée sceptique lors du déballage, car elle goûtait peu les nouvelles inventions numériques. Mais lorsque l’enfant expliqua à sa vieille maman qu’elle pourrait utiliser ce bidule pour regarder ses programmes télévisés, accéder aux rediffusions, écouter ses chaînes de radio préférées et voir de ses yeux ce qu’il se passait dans les studios d’enregistrement grâce au direct vidéo, elle le remercia vivement, sauta à son cou et l’embrassa sur ses deux joues.

René avait compris ce que cela impliquait. Il avait vu venir la catastrophe !

Il s’enquit du prix de l’engin, et assura à son fils qu’il ferait mieux de se faire rembourser et d’investir cette somme dans un beau voyage, ou dans un bijou pour sa petite amie. Mais sa femme intervint dans la discussion avec des gestes empressés et des petits cris de détresse. Elle voulait garder l’ordinateur !

René n’avait plus son mot à dire… Comme d’habitude, il abdiqua. Il laissa son gamin expliquer à la mère le fonctionnement du machin.

Il les avait regardés traficoter sur les boutons depuis l’autre bout de la table, avec un rictus de dépit sur le visage.

Si sa femme s’intéressait peu aux nouvelles technologies, lui les rejetait intégralement. Il y avait un trop grand décalage entre ses capacités cognitives et les nouvelles technologies. Selon lui, le monde était devenu fou depuis la transition du signal analogique vers le signal numérique. Aujourd’hui, même les voitures requéraient un doctorat pour les faire démarrer, avec tous leurs circuits électriques et leur ordinateur de bord intégré. On ne pouvait même plus accéder au bloc moteur pour faire la vidange. Les autos étaient devenues des objets de mystère pour René, alors que le bougre avait été garagiste toute sa vie.

Pourtant, il comprenait encore très bien le potentiel des objets, leur utilisation, et tous les désagréments qu’ils pouvaient apporter dans un foyer. Et dans ce cas précis, son instinct ne l’avait pas trompé. L’ordinateur était devenu une source de nuisances ininterrompues entre le lever et le coucher.

Dès le matin, sa femme se branchait sur le direct de Cnews, et c’était parti pour une heure de Pascal PRAUD… Puis, elle passait sur le flux audio et vidéo de la radio Europe 1 où officiait… Pascal PRAUD !

Cela durait toute la matinée. À chaque heure, elle trouvait un moyen quelconque d’écouter Pascal PRAUD. Elle réécoutait l’émission de la veille, ou visionnait de vieilles diffusions qu’elle n’avait encore jamais vues.

Pascal PRAUD était partout. Et quand ce n’était pas lui, des journalistes complices prenaient le relais et parlaient sans discontinuer une heure de plus, deux heures de plus, trois heures de plus.

Sa femme passait la journée avec son ordinateur, qu’elle emportait avec elle dans chaque pièce de la maison tout au long de la journée. Partout, tout le temps, elle écoutait Cnews et Europe 1. Et quand Pascal PRAUD prenait la parole, il fallait se taire, arrêter de bouger, et écouter religieusement. Plus une oreille ne devait bouger pendant ses émissions. On arrêtait de vivre de peur d’en perdre une miette.

Ses amis le comprenaient parfaitement. Ils avaient tous subi une torture similaire.

Chacun d’eux avait épousé une dingue et s’en était aperçu trop tard !

L’un d’eux, Roger, raconta comment sa femme était tombée amoureuse de Christophe HONDELATTE, qu’elle écoutait à la radio et dont elle se repassait toutes les vieilles émissions « Faites entrer l’accusé » sur YouTube. Elle aussi avait mis la main sur un ordinateur par l’entremise de son fils. Le pauvre homme avait été trahi par la chair de sa chair ! Et désormais, sa femme animait des groupes sur des réseaux sociaux pour entretenir l’amour des vieilles ménagères pour l’intéressé. Roger ne comprenait rien à la technologie, mais il comprenait parfaitement que sa femme lui avait été subtilisée par un homme en deux dimensions qui restait éternellement jeune grâce aux archives vidéographiques !

Le deuxième, Gaston, avoua que sa femme lui avait pourri toutes ses soirées pendant plus de vingt ans avec Julien LEPERS. Le jour où la patronne de France Télévisions l’avait finalement foutu à la porte, il lui avait écrit plusieurs lettres de remerciements chaleureuses et lui avait envoyé un gros bouquet de fleurs avec Interflora. Sa rombière avait été très malheureuse pendant de longues semaines, mais au moins avait-il retrouvé la joie de vivre… avant que sa femme ne s’entiche d’un autre présentateur ; l’inénarrable Michel DRUCKER. La torture avait donc repris.

Le troisième, Mouloud, expliqua à l’assemblée que sa femme se faisait retourner le cerveau par Nagui. Elle poussait le vice jusqu’à se repasser d’anciennes émissions qu’elle avait enregistrées sur VHS. Elle avait archivé à elle seule l’intégralité des émissions de l’intéressé avec la plus grande rigueur. Si jamais les archives du studio de production brûlaient, Nagui pourrait venir se servir dans les dossiers de sa femme sans débourser un rond, car la bougresse serait trop heureuse de rendre service à son Nagui pour accepter ne serait-ce qu’un centime de la part de ce multimillionnaire riche d’argent public.

Le patron du café, qui n’avait pas perdu une miette de la discussion et qui était devenu philosophe à force d’exercer ce noble métier, leur expliqua ce qui dysfonctionnait dans leur couple. Il utilisa lui-même ce mot savant : « dysfonctionnait ». Il aurait pu dire quelque chose comme « ce qui ne marchait plus », mais non, ces mots n’étaient ni assez précis, ni assez raffinés pour son palais.

Il allait les instruire, quand un autre client, Marcel, qui n’avait pas participé aux discussions jusqu’alors, lui conseilla de redescendre de son nuage et lui rappela sa condition de petit patron endetté qui courait tant qu’il pouvait pour éviter de se faire pendre par les impôts de ce beau pays socialo-communiste qu’est la France.

Le patron tint compte de cette mise en garde, et exprima sa pensée sans tergiverser et sans user de mots compliqués qu’il ne comprenait qu’à moitié. Il dit ainsi à ses clients que leur couple ne fonctionnait plus parce qu’ils ne prenaient plus le temps de baiser leur femme.

Les messieurs en restèrent pantois, ou, comme l’on dirait plus simplement : bouche bée !

« En effet », expliqua-t-il, « toute relation entre un homme et une femme est une toupie qui tourne autour d’un axe central : la bite de l’homme. Lorsque l’homme ne culbute plus sa femme, la toupie tourne dans tous les sens, elle vogue d’un côté et de l’autre, et finit par se renverser et par s’échouer contre l’angle d’un mur. »

Ces hommes avaient manqué de satisfaire leur devoir conjugal, et leur femme s’était tournée vers un palliatif émotionnel : les vedettes de la télévision et de la radio.

L’un des quatre hommes demanda comment s’y prendre, et le patron faillit s’étouffer en buvant son panaché.

  • Mais, éructa-t-il, vous n’avez quand même pas besoin de moi pour vous apprendre comment tirer votre bobonne ! Vous avez bien su faire jusqu’à présent !

Roger expliqua qu’elles étaient devenues grosses et moches, et hargneuses, et qu’elles avaient arrêté de se parfumer avec ça ! On ne pouvait pas leur demander un tel sacrifice !

Le patron lui rétorqua que c’était le devoir d’un homme que d’en chier jusqu’à la fin de ses jours. On était venu au monde pour travailler, faire la guerre, souffrir, profiter un peu, boire tant qu’on pouvait, bien manger, et honorer sa femme jusqu’à la tombe ! C’était ça, nom de Dieu, le devoir d’un homme !

Marcel, qui se souvenait encore très bien de l’Algérie et de l’Indochine, rit à gorge déployée en entendant ce discours. Lui aussi avait été confronté au même problème, et il l’avait réglé à sa manière. Définitivement. Et sans comptine, ni fleurette, ni devoir conjugal.

René et ses trois amis se rapprochèrent alors de lui pour entendre ses conseils avisés, car ils provenaient d’un homme qui avait du vécu, et pas d’un bistrotier qui se prenait pour Socrate.

« C’est simple », dit Marcel, « votre lascar, il suffit de l’attraper et de bien lui frisotter les moustaches ! »

René fit remarquer que Pascal PRAUD ne portait pas la moustache.

Marcel leva les yeux au ciel, stupéfait face à une telle lenteur d’esprit.

« Si c’est pas les moustaches », dit-il, « c’est les oreilles. Faut l’attraper ton gars, mon René, et lui faire passer l’envie de te piquer ta femme. »

Sur le principe, tout le monde était d’accord. Et si ça marchait pour René, ça marcherait peut-être même pour les autres. Mais Pascal PRAUD était à Paris, et eux étaient au fin fond de la campagne ardéchoise…

Là encore, Marcel rit. Il suffisait de le faire venir à eux ! De l’attirer dans une embuscade, comme le faisaient les scélérats du Viêt Cong qui passaient des jours terrés dans des trous de souris à bouffer du rat en attendant de voir passer un soldat.

Oui, après tout, ça devait bien être possible… Restait à savoir comment faire venir Pascal PRAUD jusqu’ici.

Marcel se leva et régla ses consommations. Avant de partir, il conseilla à René d’étudier son ennemi s’il voulait en triompher. On ne pouvait pas espérer sortir victorieux d’un combat contre un adversaire méconnu.

René partit à son tour et rentra chez lui, déterminé à comprendre ce Pascal PRAUD, à analyser ses forces et ses faiblesses avant de planifier une attaque de grande envergure.


Chapitre 2 : René est décidé à récupérer sa femme

La page dédiée à la nouvelle L’Homme qui n’aimait pas Pascal PRAUD.

Revenir à l’accueil.

By Auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *