NOUVELLE : L’Homme qui n’aimait pas Pascal PRAUD
Résumé
Dans un village tranquille, un problème inattendu s’est installé. Les vieilles dames préfèrent accorder leur attention à des vedettes de la télévision plutôt qu’à leurs maris.
Face à cette menace existentielle, René a décidé de réunir ses vieux amis pour réagir. Pas avec des mots, mais avec un plan.
Un plan simple… Et totalement absurde !
L’idée ? Faire venir Pascal PRAUD, le célèbre journaliste dont s’est entichée sa femme, dans le village pour lui faire passer l’envie de suborner sa femme. Le plus beau, c’est que ce plan a marché !
Découvrez comment Pascal PRAUD va se tirer de ce guêpier à travers cette nouvelle comique que j’ai écrite !
CHAPITRE 11 : Des hommes en colère
Pascal PRAUD fut assis de force, et ligoté sans ménagement, sur la chaise qu’occupait préalablement Jean.
– Très bien, salopard ! dit Roger, c’est maintenant que ça va devenir drôle.
– Enfin, Messieurs, si vous me disiez ce que vous voulez ?
René posa son fusil, s’approcha calmement de lui, et sortit une photo. Une vieille photo sépia, vieille de plusieurs décennies. C’était sa femme et lui, le jour de leur mariage.
René lui demanda s’il la reconnaissait. Décontenancé, Pascal répondit par la négative, ce qui horripila René.
– C’est ma femme, lui dit-il d’un ton rageur. Et tu la connais très bien.
Pascal fut surpris. Le visage de cette dame ne lui évoquait décidément aucun souvenir.
– Tu me l’as volée.
Pascal fut décontenancé… Comment aurait-il pu voler une femme qu’il ne connaissait pas ?
– Et tu la sautes !
Pascal fut abasourdi. Jamais il n’aurait fait une chose pareille ! Comment eût-il pu commettre un tel forfait, par ailleurs ?!
– Je sais pas comment tu fais. Tu entres dans ses rêves la nuit. Tu partages son lit pendant que je dors à côté. Tu l’hypnotises pendant que tu parles dans l’ordinateur. Tu devrais avoir honte. Toujours est-il qu’une femme ne peut pas avoir deux prétendants. L’un de nous doit mourir aujourd’hui.
– Attends ! rugit Roger. Maintenant que tu as Pascal PRAUD à ta merci, on doit faire venir ce salaud de Christophe HONDELATTE !
– Et Nagui ! cria Mouloud.
– N’oubliez pas Michel DRUCKER, dit Gaston. Et on doit en profiter pour faire venir Julien LEPERS tant qu’à faire. Question de géographie… Canton suisse de langue allemande dont le district de Laufon a été détaché en 94 ? Qui pouvait savoir que c’était le canton de Berne, hein salopard ?! 12 février 2012. Tu croyais que j’avais oublié, mon salaud ? Eh non, je m’en souviens encore ! Tu m’as ridiculisé devant ma propre femme ! Jamais j’oublierai cette humiliation !
Pascal comprit quel était le problème, pour y avoir été confronté par le passé. L’origine de ce remue-ménage était toujours le même. Systématiquement. Il n’y avait aucune exception. Pas la moindre ! L’explication était sempiternellement la plus simple, la plus évidente, mais les époux la manquaient à tous les coups. Ils étaient littéralement incapables de la deviner, de voir ce qu’il se passait littéralement sous leurs yeux. À dire vrai, il n’était aucunement nécessaire de réunir un collège d’experts, ni de faire appel à des chercheurs d’université chacun pourvu de trois doctorats, et encore moins de mandater des sociétés spécialisées en analyse de données complexe. Non, vraiment, tout était très simple, voire prosaïque. Nonobstant, si l’explication était à la portée d’un parfait crétin, il était beaucoup moins aisé de la formuler, car les époux avaient tendance à se braquer, puis à la refuser en bloc. Il fallait donc être subtil, et rusé comme un renard pour mener à bien l’accouchement de cette solution pourtant manifeste.
Pascal demanda à ces hommes de le libérer de ses entraves, afin qu’il leur montre visuellement ce qu’ils devaient faire pour reconquérir leur chère et tendre.
Après de courtes négociations, ils acceptèrent, mais René reprit son fusil et mit en garde le jeunot. S’il s’avisait de les doubler, il lui mettrait une double cartouche dans la tête.
Alors, Pascal mima l’explication. Tous observèrent la scène qui se jouait sous leurs yeux ébahis. Et par la force des choses, les hommes comprirent. Ils renouèrent avec leur instinct, et les gestes leur permirent de saisir ce que le bistrotier leur avait expliqué quelques jours plus tôt.
Ils protestèrent au début, tout naturellement.
« Dis donc le jeune, on n’a plus soixante ans nous, hein ! »
« Alors ça c’est un coup à se péter le col du fémur, le drôle ! »
« Non, on n’est plus assez souples… »
« Ah bon, faut descendre au rez-de-chaussée ? »
« Et si elle est pas lavée ?… Ma foi, j’ai bien le tuyau d’arrosage du potager dans la cour de la ferme… »
« Mais si on la retourne, on pourra plus la remettre à l’endroit ! »
« Rolala, ça va la tuer ma Simone ! »
« Alors dans cette position, elle va casser nette en deux ! »
« Hum, je sais pas si c’est bien moral… Il va en penser quoi le bon Dieu ? »
Mais à la fin de la démonstration, ils en arrivèrent à la même conclusion. C’est par leur faute que leur femme s’était détournée d’eux, et ils allaient devoir la reconquérir. Certes, ça n’allait pas être facile, ils allaient devoir donner de leur personne, mais leurs pères avaient tous fait Verdun.
Pascal ouvrit en grand les portes en bois de la bâtisse et en sortit, suivit par les quatre vieux messieurs désarmés et honteux de leurs actions récentes.
Les hommes de loi allaient les appréhender, quand Pascal se mit en travers de leur chemin pour leur expliquer de quoi il en retournait exactement. Il réussit à les dissuader d’appliquer à ces pauvres hommes le sort réservé d’ordinaire aux preneurs d’otages, en expliquant que toute cette histoire n’était qu’un vaste malentendu, et en détaillant les activités auxquelles ces vieux messieurs allaient devoir se livrer dès la nuit tombée. Ce qu’ils allaient faire ce soir était par bien plus terrible qu’un séjour en prison…
Quand ils apprirent par quoi les voyous aux cheveux blancs devraient passer, tous les gendarmes compatirent. Les hommes en uniforme formèrent spontanément une haie d’honneur, depuis la grande porte jusqu’à la route, et saluèrent ces braves vieillards à leur passage. Un jour, ces héros républicains seraient vieux et fatigués, leurs femmes seraient vieilles et moches, et ils devraient tout de même continuer de les honorer pour préserver leur union. Ils n’auraient pas le droit de faiblir, de faillir, ou de s’abstenir. Ils feraient leur devoir jusqu’au bout, même en l’absence totale d’envie. C’était ça, que diable, le devoir d’un homme !
FIN
Chapitre 10 : Pascal est arrivé (sans se presser) … et ça va barder
La page dédiée à la nouvelle L’Homme qui n’aimait pas Pascal PRAUD.
