En France, la figure la plus détestée n’est pas le Président traitre à la nation. Ce n’est pas non plus le ministre incompétent, ou le député inutile. Ce n’est même pas le fraudeur aux aides sociales, ou le criminel multi-récidiviste. Non. C’est le patron. La haine du patron fédère de la gauche à la droite. Elle unit tout le spectre politique.
Petits et grands patrons, tous pourris
On parle aussi bien du patron des grandes multinationales que du petit commerçant de quartier. Celui qui a osé monter sa boîte, quelque part dans une zone artisanale de province, embaucher deux types, et gagner sa vie sans demander l’aumône à l’État, est aussi coupable qu’un PDG du CAC 40.
Dans l’imaginaire collectif français, le patron est un voleur par nature. Il n’a pas « créé » de la valeur ; il l’a extorquée. À ses employés, à ses clients, à l’État, aux anciens, aux pauvres, à l’Afrique, à la Palestine, à la planète. Il l’a forcément volée. Le patron est coupable avant d’avoir agi, d’avoir travaillé pour son compte au lieu de travailler pour l’intérêt général.
Il a une voiture ? C’est louche. Il ne travaille pas le week-end ? Ça sent la combine. Il gagne plus de 2 000 euros net ? Oh, il y a forcément fraude quelque part.
Il a peut-être un cousin au conseil municipal, il magouille avec la TVA, ou alors il a des sources de revenus non déclarées.
Plus il réussit, plus il se met ses concitoyens à dos. Un patron riche est nécessairement le Mal incarné.
Le refus de la réussite
Dans ce pays de Tartuffes et de contrôleurs fiscaux, le patron ne crée pas, il exploite. Il n’emploie pas, il esclavagise. Il ne développe pas, il s’enrichit aux dépens du peuple. Sur chaque billet de banque gagné, il y a la sueur et le sang d’un pauvre.
On ne le félicite pas, on le surveille. On ne le soutient pas, on le soupçonne. Son crime ? Essayer de s’en sortir par lui-même, comme un égoïste.
Et pourtant, dans n’importe quel pays doté d’un minimum d’instinct de survie économique, on chouchoute les entrepreneurs. On les attire, on leur déroule le tapis rouge, on leur offre des exonérations, des visas, des incubateurs, des ministres à l’écoute. En France ? On leur offre l’URSSAF, les formulaires Cerfa, les délais de paiement interminables, un Code du travail de 3000 pages, les inspections surprises et les syndicalistes haineux.
Le patron, le Mal à l’état pur
Car la France ne rêve pas d’innovation. Elle rêve d’un CDI à vie, d’un chef gentil qui ne donne pas d’ordre, d’un salaire sans stress, d’un emploi sans effort, d’une retraite précoce et garantie par papa Etat. Elle ne rêve pas d’indépendance, mais d’un statut protégé. Être salarié, c’est être un bon Français. Vouloir sortir de la case, c’est trahir la nation. C’est être un renégat du collectif. C’est vouloir gagner de l’argent. Et vouloir le gagner seul ! Quelle honte ! Quel sacrilège !
Et quand le patron croule sous les charges, galère à recruter, serre les dents à chaque changement de norme, personne ne pleure, personne ne le plain. C’est bien fait pour sa gueule. Il n’avait qu’à faire comme tout le monde : pointer à 9h, râler à la machine à café, et attendre que l’État-nourrice décide à sa place. En France, réussir est un crime et rêver de liberté un délit.
Coupable d’avoir essayé
Et même quand ce « diable » crée des emplois, des salaires, des cotisations sociales, des produits utiles, le Français continue de lui cracher dessus. Il ne se dit jamais « voilà un gars qui a été suffisamment intelligent pour faire exister un projet ». Non. Il se dit :
« Lui, il a trouvé une combine louche. Il doit avoir un compte au Luxembourg. Il va finir rattrapé par le fisc. Tu verras. Oh tu verras ! Je te le dis. »
Voilà le venin qui empoisonne lentement la France : la haine larvée de la réussite, le soupçon permanent, le refus dogmatique de l’indépendance.
Et pendant que d’autres pays s’enrichissent, attirent les talents, les créateurs, les bâtisseurs, la France les décourage, les harcèle, les fait fuir… puis se lamente d’être pauvre. En bout de chaîne, la haine du patron ne produit que de la misère.
Retrouvez les différents textes des Nouvelles Mythologies Françaises sur la page consacrée.
