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Le gratteur de casserole n'est pas forcément un SDF.

Le gratteur de casserole

Auteur27/12/202512/09/2026

Y a toujours un petit billet à gratter

Le gratteur de casserole est une espèce endémique de la France moderne. On le reconnaît à son flair infaillible pour débusquer la plus minuscule aide sociale à laquelle il a droit ; la moindre prime, la plus infime subvention, la réduction d’impôt la plus microscopique. Il vit dans une chasse au trésor perpétuelle. Mais ce trésor est financé par l’argent public. Le sport national n’est pas le football, mais la traque des petits billets.

Portrait du gratteur de casserole

Le gratteur de casserole se demande en permanence à quoi il a droit. Et dès qu’il entend parler d’un petit crédit d’impôt, d’un nouveau dispositif, il ne demande pas si c’est juste, utile ou nécessaire. Il se demande d’abord combien ça pourrait lui rapporter.

Le JT parle d’une aide pour les vélos électriques ? Il se rue dessus, quitte à acheter un engin qu’il n’utilisera jamais. Le voisin raconte qu’il a touché un chèque de l’État après avoir changé des fenêtres ? Il n’en fallait pas plus pour que le confort thermique du gratteur de casserole devienne sa priorité absolue.

Un assisté parmi les assistés

Mais le plus beau, c’est la duplicité morale qui sous-tend la quête de notre ami. Le gratteur de casserole a une haine viscérale et authentique des « assistés ». Il s’indigne à longueur de journée de « ceux qui vivent des aides ». Toutefois, quand il peut être assisté à son tour, alors là ça ne compte pas. Lui, ce n’est pas pareil. Lui « il a cotisé toute sa vie » ; lui « il y a droit » ; lui « il en profite juste une fois ». L’assistanat, c’est toujours les autres, jamais lui.

Le pays des gratteurs de casserole

Le gratteur de casserole ne sort pas de mon imagination. Il est littéralement partout.

Au bureau, il connaît les déductions fiscales mieux que le comptable de la boite. À la mairie, il demande au Maire de lui rembourser le changement de son frigo. En voiture, il fait le plein à trente kilomètres de chez lui pour payer le litre de gasoil 5 centimes moins cher. Et chez lui, il collectionne les cartes de fidélité, les bons de réduction, les crédits d’impôt.

En réalité, le gratteur de casserole est l’incarnation la plus pure du Français contemporain. C’est à la fois un profiteur et un moralisateur. Il tape sur l’État tout en l’extorquant à son petit niveau. Il crache sur les profiteurs tout en cherchant activement un moyen de gratter un petit billet. Sa casserole n’est jamais pleine, mais il gratte. Il est persuadé qu’il reste un fond de sauce à récupérer.uant à son petit niveau. Il crache sur les profiteurs tout en cherchant activement un moyen de gratter un petit billet. Sa casserole n’est jamais pleine, mais il gratte. Il est persuadé qu’il reste un fond de sauce à récupérer.

Côtoyer le gratteur de casserole est une épreuve

À travers mon activité de secrétaire de mairie, j’ai travaillé dans plusieurs communes, dans la France rurale, et mon quotidien consistait à gérer les demandes ahurissantes des gratteurs de casserole. Voici un petit florilège de demandes aberrantes que j’ai dû traiter.

Obtenir des services gratuits

Des administrés préparent leur départ en vacances, et me demandent de leur trouver des volontaires pour garder, chez eux, leurs deux énormes clébards. Sonné par un tel toupet, mais restant professionnel, je leur donne le nom d’un refuge animalier à proximité, me rend sur son site Internet pour obtenir le numéro, et indique les tarifs à mes deux clampins. La bonne-femme, étonnée d’apprendre qu’il faut payer, me demande tout naturellement si la mairie prendra en charge le coût d’hébergement des clébards, sans éprouver la moindre gêne.

Je passe sur les innombrables demandes d’un grand nombre d’administrés désireux de savoir si l’employé communal pouvait passer chez eux pour faire des réparations gratuitement. Tant qu’à faire, pourquoi pas !

Se faire rembourser les factures

Un jour, un jeune couple, propriétaire d’une maison, passe me voir au secrétariat d’une mairie pour m’annoncer qu’ils ont dû faire éliminer un nid de frelon chez eux. Évidemment, le couple voulait que la mairie prenne en charge le coût de l’intervention de l’entreprise qui est venue enlever le nid !

Ce n’était pas un cas unique. Quand des artisans du BTP, comme des plombiers, des électriciens, des plaquistes, etc, faisaient des travaux chez les gens, la mairie recevait souvent un exemplaire de la facture, et les propriétaires du bien voulaient savoir si la commune pouvait en prendre en charge une partie !

J’ai plusieurs fois été appelé par des propriétaires de maisons confrontés à des problèmes d’humidité qui voulaient que la mairie prenne en charge ce désagrément, logistiquement et financièrement.

Quand un arbre tombait sur une propriété, dans l’esprit des propriétaires de la parcelle, c’était à la mairie de s’en occuper, ou, à tout le moins, de payer intégralement le coût de l’intervention. Parce que bon, c’est un arbre, c’est gros et encombrant, donc la responsabilité doit bien retomber sur la mairie d’une certaine manière.

Idem concernant l’entretien des haies, qui ne doivent pas empiéter sur la voie publique, ou concernant le déneigement des allées et chemins privés.

Comme de juste, il fallait s’attendre à se confronter à la fureur des administrés et à se faire pourrir au téléphone lorsqu’il fallait leur apprendre qu’ils devaient se démerder comme des grands et arrêter de nous casser les oreilles avec leurs problèmes personnels.

Le sans-gêne par excellence

Le dernier exemple de gratteur de casserole est arrivé en août 2025. La scène se passe dans un village de 200 habitants perdu au fond de la campagne. Un abruti s’est mis au fossé et a planté sa bagnole dans un poteau téléphonique.

Son premier réflexe était évidemment d’appeler la mairie pour qu’on vienne le tirer de là. Or, dans un tel village, il n’y avait même pas d’employé communal et je n’assurais le secrétariat qu’un jour dans la semaine ; manque de bol, il fallait que l’imbécile ait son accident le jour de ma permanence. Il devait s’attendre à ce que je vienne sortir sa bagnole du fossé avec mes petites mains, car cet enfant de catin est devenu hystérique au téléphone quand je lui ai conseillé de faire ce que n’importe quel adulte pourvu d’un QI d’au moins 90 ferait dans une telle situation : appeler son assurance.

La semaine d’après, j’ouvrais un courrier de cet emplumé menaçant de porter plainte contre la commune si on ne payait pas l’intégralité des réparations de son épave, alors qu’il s’est foutu au fossé tout seul, et que le poteau téléphonique appartenait à Orange. La mairie n’était donc pas partie prenante dans cette histoire, mais qu’à cela ne tienne, elle devait payer quand même !

Le Français est un profiteur

La légende veut que le Français soit un contestataire, un gueulard, un révolutionnaire, mais c’est totalement faux. C’est un mythe, au même titre que les serpents de mer. Dans la réalité, le Français est un profiteur, un authentique gratteur de casserole, et cette tendance à râcler les fonds de tiroir est prise pour de la contestation.

Il y a donc une confusion entre deux caractères bien distincts, qui n’ont absolument rien à voir entre eux. Un gratteur de casserole n’est pas un assoiffé de liberté, et un révolutionnaire ne gratte pas à la porte de la mairie de sa commune pour qu’elle paye ses factures. Ce sont deux mentalités, deux types de personnalité, résolument antagonistes.

Cette confusion est sciemment entretenue par les commentateurs politiques. Il vaut mieux dire qualifier le Français d’insatisfait et de révolté, plutôt que de le traiter de raclure. Politiquement et médiatiquement, ça passe mieux. Mais la réalité est la suivante : le Français gueule car il veut que Papa État et Maman Mairie financent son train de vie, réparent ses conneries, et payent à sa place.

Quand on est face à un Français, on n’a pas affaire à un libertaire qui aurait développé une philosophie contestataire dans son coin, mais à un gamin mal élevé qui ne comprend pas qu’il doit payer ses propres factures.

Et quand on prend conscience de cette confusion qui est entretenue pour des raisons électorales, par populisme, on comprend pourquoi côté le Français gratte des chèques auprès de l’État dès qu’il en a l’occasion alors qu’on nous vend l’image du Français indépendant, libre dans l’âme, qui rejette l’Etat.

Le Français révolutionnaire est un mensonge médiatique, journalistique, et politique.

Les Français ne sont pas libéraux

Le Français ne veut pas que l’on réduise les prérogatives de l’État, la taille de l’État, ou le poids de l’État dans l’économie. Le Français veut gratter des aides sociales, et il attend que l’État ne soit pas trop regardant sur ce qu’il verse. C’est de là que vient ce rejet apparent de l’État de la part des Français.

Quand vous ponctionnez un organisme, vous ne voulez pas que l’organisme prenne conscience de votre existence. Quand vous êtes passager clandestin dans un train, vous ne vous faites pas remarquer et vous grognez quand vous voyez arriver les contrôleurs.

Le paradoxe est donc total. On vit dans un pays qui se croit digne et fier, alors que la moitié des conversations de comptoir portent sur les combines, les primes et les exonérations fiscales. Le Français n’est pas citoyen, il est client de l’État. Et tant que la marmite est en train de bouillir, il ne se demandera jamais qui la remplit.

Électoralement, les libéraux ne doivent pas peser plus de 1 %. C’est encore plus minoritaire que les électeurs souverainistes qui veulent sortir de l’Union européenne. En France, le courant libéral est mort-né.

Retrouvez les différents textes des Nouvelles Mythologies Françaises sur la page consacrée.

Retrouvez la playlist sur YouTube.

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