Librairie Le Bal des ardents, à Lyon
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Introduction

On le répète partout : les Français ne lisent plus.
Mais derrière ce constat un peu nostalgique, il y a surtout une transformation profonde : la lecture a perdu sa valeur économique. En conséquence, les gens intelligents qui veulent avoir un bon travail ne lisent de littérature.


La littérature, l’histoire, les sciences humaines… Oui, d’accord, ce sont des savoirs riches intellectuellement, mais peu valorisés économiquement…

Le monde actuel rémunère surtout ce qui produit des biens, résout des problèmes concrets et fait tourner l’économie. C’est pas avec Alfred de Musset qu’on va augmenter le PIB !

Les secteurs dominants sont :

  • logement / bâtiment
  • énergie
  • finance
  • droit / conformité
  • industrie
  • santé
  • informatique

Ce sont les “tuyaux du réel” par lesquels le pognon circule.

À côté, tout ce qui est littérature, histoire, géopolitique, ou spiritualité, ça commente le monde sans le faire fonctionner.

Aujourd’hui on paie les techniciens du réel, pas ses commentateurs. Le résultat, c’est des étudiants ambitieux qui évitent les humanités pour éviter le déclassement social. Ils se dirigent vers des filières rentables. Quitte à étudier une discipline pendant 5 ans, autant qu’elle remplisse le frigo à la fin.

Jusqu’aux années 80-90, la situation était différente.

Moins de 10 % d’une génération avait le bac. Avoir une licence donnait accès à un très bon poste. On faisait déjà partie d’une élite avec un bac+3. Et, surtout, les études littéraires permettaient une ascension sociale réelle dans les secteurs cités précédemment.

La maîtrise du langage ouvrait les portes. Les journalistes étaient cultivés, les élites politiques étaient lettrées. La maîtrise de la rhétorique et la connaissance de l’Histoire étaient nécessaires.


Trois transformations majeures !

80 % d’une classe d’âge a le bac et 50 % font des études supérieures. Le diplôme a totalement perdu sa rareté, et donc sa valeur.

Les emplois bien payés sont désormais dans la tech, la finance, la logistique ou le commerce. Pas dans les humanités.

Réduction de la taille de l’Etat, donc moins de postes publics. Les débouchés sont considérablement réduits pour les diplômés de l’université. Le système ne peut plus absorber les diplômés.

Beaucoup de profils cultivés et diplômés (bac +5) se retrouvent sous-employés, précaires et en décalage avec le marché. Ils ont été formés pour un monde qui n’existe plus.


Avant, la culture était un capital économique ET social.

Aujourd’hui, la culture est capital symbolique résiduel peu rentable.

On lit moins car la lecture ne permet plus de monter socialement.

Mais si demain la société avait besoin de lettrés pour fonctionner, les livres se vendraient à nouveau massivement. Mais tant que la culture restera déconnectée de la valeur économique, elle restera marginale.

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