Les nouvelles technologies volent notre travail
En France, toute avancée technologique est d’abord accueillie comme une menace existentielle, une attaque contre « le lien humain », contre « les savoir-faire », contre « nos spécificités ». Chaque progrès n’est pas perçu comme une opportunité, mais comme une menace. On va perdre des emplois et déshumaniser la relation ! On va dépendre des machines ! L’humanité va y perdre son âme. En somme, c’est la fin du monde, on va mourir.
L’intelligence artificielle détruit des emplois
Et l’intelligence artificielle cristallise aujourd’hui toutes ces peurs. Au lieu de la voir comme un outil de productivité, de confort et d’efficacité, on y voit une hydre numérique venue voler le travail des braves gens, remplacer les créatifs, humilier les sachants, faire exploser l’ordre établi.
Dans les collectivités, figurez-vous que des circulaires tombent pour interdire aux agents d’utiliser l’IA. On ne peut même pas l’utiliser pour rédiger un mail ou formuler une réponse claire à un administré. Il ne faut pas faire appel à un outil privé pour accomplir une mission publique. C’est mal, vous comprenez. Il vaut mieux que le citoyen attende trois semaines un courrier abscons, plutôt que de recevoir une réponse rapide, intelligible, écrite sans faute par une machine.
C’est ça le cœur de l’administration française. Le service public est lent, mais pur. Il est inefficace, mais moral.
Interdisons les nouvelles technologies
En France, quand on ne comprend pas un outil, on l’interdit. De manière préventive. On ne sait jamais, il pourrait causer la destruction de l’humanité.
Dans les entreprises, on observe même réflexe pavlovien. On bloque l’accès à ChatGPT, on interdit les générateurs de code, on regarde avec méfiance tout ce qui automatise, tout ce qui facilite et accélère le travail.
Les cadres intermédiaires suent, les RH paniquent, les directions juridiques fulminent. Ceux qui pourraient apprendre, progresser, et s’adapter sont freinés par leur propre hiérarchie. Dans le reste du monde, les concurrents avancent.
La peur immémoriale de la technologie
Cette réaction défensive, cette crispation, si typiquement française, ne date pas d’hier. On l’a connue avec la caisse automatique (qui allait tuer les caissières), avec les GPS (qui allaient tuer les taxis), avec le télétravail (qui allait tuer le lien social), avec le e-commerce (qui allait tuer les petits commerces), avec l’électricité (qui allait tuer les allumeurs de réverbères).
À chaque fois, on a observé le même réflexe. On a voulu geler le monde, figer la société dans un état mythique où tout était stable et connu. On a préféré ralentir volontairement l’économie plutôt que de risquer d’aller trop vite. Mieux valait interdire aux autres de s’adapter plutôt que de remettre en question notre manière de travailler.
Les évolutions technologiques n’attendent pas
Mais la technologie ne demande pas la permission. L’évolution n’attend pas qu’on l’autorise à exister avec un formulaire CERFA. La technologie existe, elle progresse, elle s’impose. On peut refuser l’IA, comme certains ont refusé le téléphone, Internet ou la voiture. Mais on finit toujours par s’aligner, à marche forcée, avec dix ans de retard. Ce retard considérable plombe notre économie et nous empêche de participer à la marche du monde.
Refuser une technologie ne la fait pas disparaître. Ça ne fait que renforcer ceux qui l’adoptent. On parle des entreprises concurrentes, des pays concurrents. Aujourd’hui, l’IA n’est pas une menace. C’est une opportunité. Refuser de s’en servir, c’est accepter de laisser d’autres ouvrir les portes de l’avenir à notre place.
Mais bon, en France, on préfère mettre toute technologie nouvelle sous clef, au cas où. Et gare à celui qui ouvrirait le placard sans être muni d’une autorisation tamponnée par l’autorité administrative compétente, bien sûr.
Retrouvez les différents textes des Nouvelles Mythologies Françaises sur la page consacrée.
