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Regardez comme il va faire chaud ! La carte est rouge ! Ayez peur !

La météo

Auteur01/07/202612/09/2026

La dissertation météorologique

L’été il fait chaud, et l’hiver il fait froid.

Cela paraît évident.

Pourtant, chaque année, le Français moyen redécouvre ces vérités fondamentales et s’émerveille devant la météo. Le Français adore commenter la météo ! C’est d’ailleurs son sujet de conversation premier. Tout au long de l’année, on observe cette manie proprement française, presque pathologique, de proférer des évidences météorologiques à voix haute, comme si le monde entier en dépendait.

L’hiver venu, le Français annonce à qui veut l’entendre qu’il a froid.

« Oh là là !… Qu’est-ce que ça pince ce matin, dis voir ! »

Ah bon ? En janvier ? Mais ça alors, quelle surprise ! Heureusement que t’es là pour nous le dire Didier, on l’avait pas remarqué !

Et l’été, évidemment, même refrain, mais inversé.

« Pfiou, on crève de chaud aujourd’hui, dis donc ! »

« En plein mois d’août ? Merci Ducon, sans toi on s’en serait jamais douté. »

Et quand il pleut, il ne manque jamais de se plaindre qu’il est trempé, l’air sincèrement choqué, comme s’il découvrait pour la toute première fois de son existence que l’eau mouille.

Cette incapacité à intégrer les lois les plus basiques de la physique et du cycle des saisons laisse songeur. Le Français vit chaque jour comme une révélation métaphysique. Il est un poisson rouge dans une flaque, redécouvrant chaque matin qu’il fait mouillé dedans.

Et surtout, il ne peut pas garder ça pour lui. Il doit le dire, le répéter, le partager. Il en va de la survie du monde ! C’est un disque rayé, une bande-son lassante comme la pluie: « j’ai froid », « j’ai chaud », « je suis trempé ».

Le commentateur spontané de l’évidence

Il y a aussi cet énergumène qui dit chercher le soleil dès que la couverture nuage obscurcit le ciel. Et il se croit drôle, en plus, l’animal. Il attend qu’on rigole à sa blague déjà entendue mille et une fois.

Ce spécimen ne vit pas la météo, il la commente en direct, comme s’il animait sa propre chaîne de télévision. Dans sa tête, il se prend pour l’enfant avorté d’Evelyne Dhéliat et de Bozo le clown.

Ce n’est pas l’information qui compte, mais la recherche désespérée d’attention et d’empathie. Il veut tout à la fois qu’on ricane à sa blague, qu’on le plaigne, qu’on compatisse. C’est un véritable distributeur automatique de doléances climatiques, qui injecte du pathos dans les relevés de température.

J’ai dû bosser avec un type comme ça. Pour ne plus l’entendre, j’ai dû faire un abandon de poste.

Y fait chaud ? Normal c’est l’été

Le pire, ça reste encore la saison estivale.

Le Français et la chaleur, c’est une histoire d’amour-haine, mais c’est surtout une histoire de mauvaise foi. Huit mois par an, le Français grelotte. Il râle, il frissonne, il attend l’été avec impatience. Il se rêve en short, en terrasse, en train de bronzer sur la plage, une bière à la main.

Mais quand l’été arrive, ça ne va pas non plus. Il fait trop chaud. La France devient, selon lui, un enfer saharien. Il se plaint du bitume brûlant, des transports en commun transformés en hammams urbains, des bureaux étouffants et de l’open space pas climatisé. Les bulletins météo deviennent des bulletins d’alerte rouge écarlate : le soleil est devenu une menace, une arme climatique. Quand il fait 30 degrés dans ce pays, c’est comme si un ouragan de catégorie 5 frappait le pays.

Et pourtant, paradoxe suprême, ce même Français s’empresse de passer ses vacances dans les coins les plus torrides du globe. Il fuit la douceur de la Bretagne pour la fournaise espagnole, le four grec, ou la marmite marocaine. Il traque la chaleur qu’il redoute. Le Sud devient son paradis annuel, où il va bronzer avec plaisir sous un soleil de plomb, dans des chaleurs bien plus étouffantes que celles qu’il subit à Lyon ou à Bordeaux, tout ça pour être bronzé et avoir un cancer de la peau.

« Vivement la canicule »

Et dans les bureaux, loin des plages paradisiaques, on trouve une nouvelle caste d’actifs amers. Ceux qui suent au bureau pendant que les boomers passent du bon temps à Santorin. Ceux-là ont développé un humour noir, une revanche muette, un sourire carnassier dès que les alertes canicule se multiplient : « Vivement la canicule », se disent-ils, « ça fera des retraites en moins à payer. »
Ce n’est plus du cynisme, mais de la justice sociale darwinienne. Le soleil devient une occasion d’écrémer les dépenses sociales.

Retrouvez les différents textes des Nouvelles Mythologies Françaises sur la page consacrée.

Retrouvez la playlist sur YouTube.

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