Vivement le réchauffement climatique
L’été il fait froid, et l’hiver il fait froid. Cela paraît évident. Pourtant, chaque année, le Français moyen redécouvre ces vérités fondamentales et s’émerveille devant la météo. Le Français adore commenter la météo. C’est d’ailleurs sont sujet de conversation premier.
Le Français et la chaleur, c’est une histoire d’amour-haine. Mais c’est surtout une histoire de mauvaise foi. Huit mois par an, le Français grelotte. Il râle, il frissonne, il jure que le ciel lui en veut. Il se rêve en short, en terrasse, en train de bronzer sur la plage, une bière à la main. L’hiver, il fait la météo comme d’autres font de la politique : il proteste contre les températures, il exige des jours meilleurs. Il compte les semaines qui le séparent du salut estival.
Y fait chaud ? Normal c’est l’été
Mais quand l’été arrive, ça ne va pas non plus. Il fait trop chaud. La France devient, selon lui, un enfer saharien. Il se plaint du bitume brûlant, des transports en commun transformés en hammams urbains, des bureaux étouffants et de l’open space pas climatisé. Les bulletins météo deviennent des bulletins d’alerte rouge écarlate : le soleil est devenu une menace, une arme climatique. Les Français parlent de 33 degrés comme s’il s’agissait d’un ouragan de catégorie 5.
Et pourtant, paradoxe suprême, ce même Français s’empresse de passer ses vacances dans les coins les plus torrides du globe. Il fuit la douceur de la Bretagne pour la fournaise espagnole, le four grec, ou la marmite tunisienne. Il traque la chaleur qu’il redoute. Le Sud devient son mirage annuel, où il va bronzer avec plaisir sous un soleil de plombs, dans des chaleurs bien plus étouffantes que celles qu’il subit à Lyon ou à Bordeaux, tout ça pour avoir la peau dorée et manger de la paella.
« Vivement la canicule »
Et dans les bureaux, loin des plages paradisiaques, on trouve une nouvelle caste d’actifs amers. Ceux qui suent au bureau pendant que les boomers passent du bon temps à Santorin. Et eux ont développé un humour noir, une revanche muette, un sourire carnassier dès que les alertes canicule se multiplient :
« Vivement la canicule », se disent-ils, « ça fera des retraites en moins à payer. »
Ce n’est plus du cynisme, mais de la justice sociale version Darwin. Si le soleil peut faire le ménage, alors autant ne pas gaspiller cette occasion naturelle.
La dissertation météorologique
Et puis, tout au long de l’année, il y a cette manie proprement française, presque pathologique, de proférer des évidences météorologiques à voix haute, comme si le monde entier en dépendait. L’hiver venu, le Français annonce à qui veut l’entendre qu’il a froid.
« Oh là là !… Qu’est-ce que ça pince ce matin, dis voir ! »
Ah bon ? En janvier ? Quelle surprise. Heureusement que t’es là pour nous le dire Didier, on l’avait pas remarqué.
Et l’été, évidemment, même refrain, mais inversé.
« Pfiou, on crève de chaud aujourd’hui. »
En plein mois d’août ? Merci Jean-Michel Thermomètre.
Et quand il pleut, il ne manque jamais de se plaindre qu’il est trempé, l’air sincèrement choqué, comme s’il découvrait pour la toute première fois de son existence que l’eau mouille.
Cette incapacité à intégrer les lois les plus basiques de la physique et du cycle des saisons laisse songeur. Le Français vit chaque jour comme une révélation météorologique. Il est un poisson rouge dans une flaque, redécouvrant chaque matin qu’il fait mouillé dedans.
Et surtout, il ne peut pas garder ça pour lui. Il doit le dire, le répéter, le partager. Il en va de la survie du monde ! C’est un disque rayé, une bande-son lassante comme la pluie: « j’ai froid », « j’ai chaud », « je suis trempé ».
Le commentateur spontané de l’évidence
Il y a aussi cet énergumène qui dit chercher le soleil dès que la couverture nuage obscurcit le ciel. Et il se croit drôle, en plus, l’animal. Il attend qu’on rigole à sa blague déjà entendue mille et une fois.
Ce spécimen ne vit pas la météo, il la commente en direct, comme s’il animait sa propre chaîne météo intérieure. Ce n’est pas l’information qui compte, mais la recherche désespérée d’empathie. Il veut qu’on le plaigne, qu’on compatisse. C’est un véritable distributeur automatique de doléances climatiques, qui injecte du pathos dans chaque dans les degrés Celsius.
J’ai dû bosser avec un type comme ça. C’est pour ne plus l’entendre que j’ai fait un abandon de poste.
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