Les formations bidons
On vit une époque qui fourmille d’escroqueries en tous genres, à tel point que même les formations sont devenues des arnaques. On peut vous prendre votre temps, votre argent et vos espoirs pour vous former à des trucs qui ne vous serviront à rien. Parmi les espoirs modernes, la reconversion figure en bonne place.
Les formations bidons ont énormément de succès car, à notre époque, on doit pouvoir s’adapter à n’importe quel changement. On doit pouvoir claquer la porte de son boulot, suivre une formation courte, rebondir et changer de vie. Dans ce nouveau monde, la formation professionnelle est devenue un totem magique. Peu importe votre âge, votre niveau d’études ou votre expérience, vous pouvez vous réinventer. Même l’État vous le dit !
Une reconversion pour un nouveau départ
Tu es boulanger, démotivé, avec des douleurs lombaires et un CAP validé 1996 ? Y a pas de problème, mon pote. Avec 3 000 € sur ton CPF et deux clics, tu peux devenir UX designer, coach en nutrition, community manager, ou, expert en cybersécurité.
Tu seras payé 5 000 euros par mois à te toucher les couilles en télétravail.
C’est aussi facile que de suivre une cure thermale, et en plus c’est validé par l’État français qui te vend la promesse d’un nouveau départ, et qui en plus te finance cette promesse. Il suffit d’y croire et de valider un QCM en ligne.
Formations privées pour une reconversion ratée
Des plateformes privées ont flairé le bon filon et surfent sur la vague de crédulité des salariés au bout du rouleau. Elles vous appellent n’importe quand pour vous proposer des « bilans de compétences gratuits » Elles vous vendent un vieux PowerPoint comme une « formation certifiante » qui va vous permettre de vendre votre Clio pour acheter une Lambo !
Le tout, bien entendu, est financé par votre compte personnel de formation, alimenté par l’État et siphonné par des prestataires qui se sont glissés dans l’arnaque. Ces gens-là font rêver les naïfs et encaissent l’argent public.
La reconversion signée Pole emploi / France travail
Pendant ce temps, Pôle emploi, l’usine à illusions, vous propose des stages absurdes de deux mois pour devenir « chef de projet digital » sans jamais avoir codé une ligne de HTML, ou des modules « d’anglais professionnel » pour des gens qui n’ont même pas le niveau pour lire un menu dans un restaurant à Londres. Pôle emploi remplit un objectif sacré : remplir des cases, cocher des objectifs, et simuler une montée en compétence. Un conseiller qui envoie un chômeur en formation sera félicité par son chef de service, qui sera félicité par le directeur de l’agence, qui sera félicité par le directeur régional, et on remonte le fil jusqu’au Président.
Les reconvertis permanents
Et comme à chaque fois que l’État distribue du pognon volé au contribuable, des gens se sont spécialisés dans la captation de cette manne républicaine. Certains bénéficiaires plus malins que les autres enchaînent les formations sans queue ni tête pour maintenir leurs droits et toucher leurs indemnités en mode farniente pédagogique. Ils passent un mois à se former pour « se remettre à niveau en bureautique », trois mois à « découvrir les métiers de la transition énergétique », quatre mois à apprendre à faire des sites vitrines. Ils savent que ça sert à rien mais ils jouent la montre. Formation après formation, ils repoussent la fin de la période de chômage et du fric facile.
Comment réussir une reconversion ?
Dans la vraie vie, dans le vrai monde des adultes responsables, on sait qu’on ne devient pas ingénieur informatique en six mois. Les vraies reconversions, les vraies formations qualifiantes, nécessitent du temps, du stress, de la douleur, de la sueur et des nuits passées à douter. Mais ça on n’en parle pas, car ça fait moins rêver.
On entretient le mythe d’une seconde vie professionnelle offerte par une vidéo mal montée, des diaporamas vieux de dix ans et un QCM final. On vend du travail comme un télévangéliste vend de la guérison divine. Et on s’étonne ensuite que la désillusion soit massive, que les « nouveaux métiers d’avenir » ne trouvent pas preneur, que le chômage longue durée explose malgré le nombre record de formations proposées.
Le business de la reconversion
La reconversion est devenue un business de promesses. On n’accompagne plus les gens vers un métier, on leur vend un fantasme. Il leur suffit d’un clic, et ils pourront devenir « monteur vidéo », « expert SEO », « créateur de sites web », « spécialiste blockchain ». Certaines personnes y croient vraiment, et c’est encore ça le plus triste.
Et quand le rêve se brise, on leur dit : « C’est de votre faute, vous n’avez pas assez cru à votre projet ». Comme si l’échec n’était pas l’aberration du système, mais le manque de foi.
Avec le mythe de la reconversion, la République a trouvé un nouveau moyen de faire perdre du temps et de l’argent à tout un peuple.
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