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  • Le vote comme pouvoir de transformation du réel
Le vote : un acte inutile.

Le vote comme pouvoir de transformation du réel

Auteur28/03/202612/09/2026

Le vote est un acte héroïque

Parmi tous les dogmes laïcs qui empoisonnent l’esprit des Français, le plus délétère est bien celui du vote qui permettrait d’agir sur le destin du pays. À en croire les clercs de la République, le vote donne à l’électeur un pouvoir de transformation du réel.

Chaque échéance électorale est ainsi présentée comme une croisée des chemins, un moment de bascule, un levier magique qui permettrait au simple citoyen de redessiner la France à travers le bout de papier qu’il glisse dans l’urne. Dans cette fable républicaine, le vote est un acte héroïque, la salle du vote est un temple, l’isoloir est un lieu saint, et l’urne est une relique sacrée.

Dans la France laïcisée, le jour du vote est la cène de l’impuissance populaire.

Le vote ne sert à rien

Dans la vie réelle, il n’y a aucune bascule, aucun changement de destinée. Dans la vraie vie du vrai monde matériel, rationnel et concret, le bulletin ne sert à rien du tout.

Le réel n’est pas soumis à un bout de papier. Croire que l’on peut infléchir le destin d’un pays en glissant une petite enveloppe dans une petite boite relève de la pensée magique, et l’on se prendrait à rire en voyant les électeurs se rendre au bureau de vote si ce tourbillon populaire ne happait pas des hommes et des femmes adultes doués de raison.

Les gouvernements passent, les élus changent, mais l’appareil d’État reste inaltérable car il est hors d’atteinte. L’État est structuré pour résister à tout ce qui est extérieur à lui-même. C’est la base, la pierre angulaire, d’une organisation résiliente.

Prenez les ministères, les hautes administrations, les juridictions, les agences, les comités, les corps intermédiaires, les conseils d’orientation, les hautes autorités, les commissions diverses. C’est là que se trouve le pouvoir. Ces entités représentent la permanence républicaine, insensible à l’opinion des citoyens qui composent le pays. C’est l’État profond à la française ; une machine tentaculaire qui n’est pas conçue pour écouter la volonté populaire, mais pour durer, pour poursuivre son existence en dehors du contrôle démocratique.

Comment le vote pourrait changer les choses ?

Le mythe du vote comme outil de transformation du réel fonctionne parce qu’il repose sur une confusion savamment entretenue. Une confusion entre « choisir un visage » et « transformer une structure ».

Lors d’une élection, on ne vote pas nos lois ou le fonctionnement du pays. On vote pour des représentants. La démocratie française est « représentative », mais personne ne semble comprendre le sens de cet adjectif qui est pourtant accolé au substantif.

Pour être plus clair : on ne réforme pas un château en changeant de majordome. Les électeurs élisent des gestionnaires, pas des refondateurs. Les grandes promesses électorales, comme « moraliser la vie publique », « refonder la République », « faire table rase des abus », « supprimer les normes inutiles », tout ça, c’est du théâtre. Dans la réalité du fonctionnement quotidien de l’État français, personne, absolument personne, ne tient compte de ces promesses. L’État est une technostructure quasiment autonome, dotée de sa propre logique, qui sert ses propres intérêts structurels. Tout cela est masqué par un langage inclusif qui prétend servir de grands intérêts nationaux mais qui dissimule un mépris de classe. Sachez, au cas où vous en douteriez, que les hommes et les femmes qui gouvernent réellement ce pays, se fichent de votre avis !

Le vote comme outil de contrôle du peuple

Le vote ne permet pas au peuple de s’exprimer. C’est essentiellement un outil de contrôle du peuple. Plus on le présente comme une occasion de transformer le pays, plus il agit comme un sédatif collectif. Parce que l’on vote une fois tous les cinq ans, on ne descend plus dans la rue, on ne construit plus d’alternative, on ne pense plus la révolution. On attend la prochaine élection comme on attendait autrefois le Messie.

La République démocratique est, en ce sens, une secte millénariste dont les membres sont anesthésiés par la perspective de l’alternance démocratique.

Le vote n’est rien d’autre qu’un exutoire, une décharge symbolique qui permet de croire qu’on agit alors qu’on se soumet. Ce n’est pas de la démocratie, mais de la délégation passive. On fait croire au peuple qu’il est souverain alors qu’il ne vote pas directement ses lois ; il vote seulement pour des représentants qui vont imposer des lois venues d’ailleurs, décidées par des gens qui travaillent pour les entités administratives citées précédemment, qu’on ne peut jamais sanctionner et que l’on ne voit jamais.

Le vote ne peut pas avoir le moindre effet

À l’Éducation nationale, par exemple, ce ne sont pas les ministres de l’Éducation qui font les réformes. Ils n’ont tout simplement pas le temps pour ça, puisque les ministres s’enchaînent à une vitesse vertigineuse depuis des années. Ce sont les hauts-fonctionnaires qui décident des programmes, et ce sont les cadres intermédiaires, que l’on appelle les « attachés d’administration de l’État, qui « pilotent » et « mettent en œuvre » les réformes. Et ces gens-là, qui ne sont pas remplacés à chaque nouvelle élection, ne sont soumis ni aux professeurs, ni aux élèves, ni à leurs parents. Personne ne peut exercer le moindre contrôle démocratique sur leur pouvoir réel.

Et au niveau local, dans les petites mairies, par exemple, c’est la secrétaire qui tient la boutique. Une secrétaire de mairie qui fait toute sa carrière dans une commune voit défiler une ribambelle de maires qui savent, certes, s’adresser à leur population, mais qui ne savent même pas comment mandater une facture ou ouvrir le registre des décès en début d’année civile. C’est la secrétaire qui dit au maire ce qu’il doit faire ou ne pas faire.

Tout système complexe est maintenu par des éléments impermanents qui ne sont pas soumis aux vents contraires de la démocratie. Ces éléments, ce sont les règlements et les individus chargés de les faire respecter. Si les règles restent les mêmes, qu’importe qui les fait appliquer.

Le vote encadre la grogne populaire

La France n’est pas une démocratie directe, et ce n’est même pas un secret. On nous enseigne dès le collège que nous vivons dans une démocratie « représentative ». Dans ce système, puisque nous ne choisissons pas les lois qui gouvernent nos vies, le vote est nécessairement stérile. C’est un mécanisme d’encadrement du peuple par des professionnels de la parole publique. Le citoyen, après avoir voté, est prié de se taire pendant la durée du mandat qu’il vient d’offrir à ses représentants. Ainsi, le vote est la caution qui légitime le mépris, les trahisons et les reniements.

In fine, les électeurs sont pris de haut par leurs représentants, et ils n’ont que ce qu’ils méritent. Aucun être humain digne de ce nom ne peut respecter des gens qui courbent l’échine devant lui. Nous sommes naturellement programmés pour admirer les forts et mépriser les faibles.

Pourquoi n’a-t-on jamais vu la trajectoire d’un pays démocratique bifurquer après une élection ?

Retrouvez les différents textes des Nouvelles Mythologies Françaises sur la page consacrée.

Retrouvez la playlist sur YouTube.

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