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Le chrisme

Jésus condamné, Barabbas sauvé

Auteur18/04/202603/05/2026

Barabbas ou le choix de la foule : une scène mal comprise

Pourquoi la foule choisit-elle de libérer Barabbas plutôt que Jésus ?
Faut-il y voir une condamnation de la démocratie ou de l’opinion populaire ?

Pas vraiment.

Le sens du passage n’est pas : « la démocratie est ontologiquement mauvaise ».
Il est plus subtil et plus dérangeant.

La scène montre surtout que la foule est instable, influençable.

Une foule, pas un peuple

Il ne s’agit pas des Juifs au sens global.
On est face à une foule dans un moment de tension extrême :

  • Jérusalem sous domination romaine
  • pression politique et religieuse
  • intervention des autorités du Temple

Réduire cela à un jugement global serait un contresens.

Une critique plus large que la foule

Le passage ne vise pas uniquement l’opinion populaire.
Il met en cause plusieurs niveaux :

  • la foule (versatilité, mimétisme)
  • les autorités religieuses (peur, rivalité)
  • le pouvoir romain (lâcheté de Pilate)
  • les disciples eux-mêmes (en fuite)

Tout le monde échoue.

Ce n’est pas une charge contre la démocratie moderne, mais une mise en scène de la difficulté humaine à reconnaître une vérité qui ne s’impose pas par la force.


Une scène théologique majeure

La scène porte une dimension symbolique forte : Barabbas est coupable, et Jésus est innocent.

Pourtant, le coupable est libéré, l’innocent est condamné. L’un vit parce que l’autre meurt

On touche ici au cœur du christianisme.

Barabbas : une miniature de la rédemption chrétienne

Cette scène fonctionne comme une maquette théologique.

Dans la logique chrétienne, l’homme coupable ne se sauve pas lui-même. C’est l’innocent qui prend sur lui ce que le coupable méritait.

Barabbas devient alors une figure de l’humanité : violente, incapable de se justifier, mais libérée

Et Jésus ne mérite pas la peine, il n’a rien à expier pour lui-même, mais il accepte de prendre la place du condamné.

Le Salut ne se gagne pas par les œuvres

Barabbas ne fait rien. il ne se repent pas, il ne comprend pas ce qu’il se passe, il ne demande pas pardon, il n’accomplit aucune œuvre. Il est simplement relâché.

Cela rejoint une idée centrale du christianisme : le salut n’est pas d’abord un mérite, mais une grâce.

Le renversement

La justice humaine voudrait punir le coupable et absoudre l’innocent.

Ici, tout est inversé. L’innocent est traité comme coupable et le coupable reçoit la vie.

C’est moralement choquant, et c’est précisément le but de ce passage.

Barabbas, c’est l’homme qui sort de prison pendant que Dieu y entre à sa place.


« C’est de la folie »

La réaction est légitime.

Pris comme un simple schéma judiciaire, cela donne : A est coupable / B est innocent. Donc, on punit B et A est libéré. Dans un tribunal, ça serait une injustice monstrueuse.

Changer de logique

Le christianisme ne propose pas d’abord une théorie juridique. Il propose une lecture existentielle.

Ce n’est pas : « Dieu a besoin de punir quelqu’un »

Mais plutôt : L’homme est enfermé dans une condition qu’il ne peut pas réparer seul, et Dieu entre lui-même dans cette condition pour l’ouvrir de l’intérieur.

C’est pas seulement une substitution

Ce n’est pas une simple permutation. C’est une solidarité radicale, une descente dans la misère humaine, une prise en charge du mal, de la souffrance et de la mort.

Dieu ne punit pas un tiers. Il assume lui-même ce qui écrase l’homme.


Une image plus juste

On peut comprendre la scène ainsi : quelqu’un tombe dans un gouffre, il ne peut pas remonter. Un autre descend le chercher. Il prend le risque, la boue, la blessure pour le ramener.

Le sauveteur ne devient pas coupable. Il devient solidaire jusqu’au bout.

Le malaise persiste

Même ainsi, cela reste choquant. La croix est pensée comme une folie parce qu’elle brise l’idée que tout doit être équilibré, proportionnel et mérité.


Le vrai problème philosophique

Comment concilier justice et grâce ?

La version la plus simpliste (« Dieu avait besoin de sang ») est aussi la moins convaincante.

Les lectures plus profondes disent que Dieu ne demande pas la souffrance. Il la traverse pour que rien d’humain ne lui échappe.

Car le christianisme ne propose pas une morale bien ordonnée, mais une rupture avec la logique ordinaire de l’échange.


Conclusion

Le passage est absurde si on le lit comme un calcul judiciaire. Cela devient intelligible si on le comprend comme Dieu entrant lui-même dans la détresse humaine pour la porter.

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Christianisme, Spiritualité

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