Le chrisme
Le chrisme

Pourquoi Jésus dit-il « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » avant d’expirer sur la croix ?

Je propose une explication à ce qui semble être une incohérence en première lecture. Incohérence, car Jésus était censé savoir à l’avance ce qui allait se produire.


Jésus dit (Marc 15,34) : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Ce n’est pas une invention tardive, et elle contredit une image lisse d’un Jésus serein et omniscient. C’est une parole embarrassante (donc peu probable qu’on l’ait inventée). Les évangélistes n’avaient aucun intérêt à inventer ça.


Même si Jésus sait ce qui va arriver, la douleur n’est pas annulée par le savoir. La peur, l’abandon, l’angoisse sont réels.

Savoir qu’une opération est nécessaire n’empêche pas de souffrir sur la table.

Dans cette lecture, Jésus vit jusqu’au bout la condition humaine, y compris l’expérience ultime : le sentiment d’abandon de Dieu.

Jésus assume l’expérience humaine de la séparation de Dieu, il entre dans l’espace du silence de Dieu, il vit ce que vivent ceux qui ne sentent plus rien.

Dieu fait l’expérience de l’absence de Dieu.


Il y a une interprétation plus rude, rarement dite clairement : Jésus ne savait pas tout !

Il annonce le Royaume, il croit à une intervention imminente de Dieu, il accepte le risque, mais une fois sur la croix… rien ne se passe.

Le ciel reste fermé. Aucun ange n’en descend. Aucune délivrance ne se produit.

Le cri est alors authentique, pas simulé.


Dans cette lecture, Jésus fait confiance jusqu’au point où cette confiance est mise à nu, et pourtant il ne renie pas Dieu, il crie vers lui.

Ce passage représente alors une foi traversée par le doute.

Parce qu’il dit une chose terrible et vraie : la foi n’est pas l’absence de l’abandon, mais le fait de continuer à parler à Dieu quand il semble absent. C’est l’inverse du triomphalisme religieux.

Quand on est sensible à la transcendance, au mystère et au divin, on est frappé de voir le fils de Dieu souffrir, douter peut-être, et crier.

L’immanence est à son comble.

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