Le saint cas social
Il fut un temps, pas si lointain, où l’on vénérait les saints, les soldats morts au combat, les intellectuels brillants, les inventeurs fous ou les explorateurs intrépides. Mais de nos jours, en France, la figure héroïque, l’icône moderne, c’est le cas social.
Le type perdu dans sa vie, sans qualification, sans formation, sans savoir-faire. Le gugusse qui sert à rien, qui ne sait rien foutre, et qui n’a rien, sauf le smartphone dernier cri. C’est le Christ des temps modernes.
On le reconnaît à son allure négligée, ses fringues sales, ses clopes, son haleine qui empeste la bière et le tabac. Son seul moment de sociabilité du mois, c’est son rendez-vous avec son assistante sociale préférée. Et comme il a la tchatche bien huilée, il arrive à l’empapaouter sans trop de difficulté.
Le cas social, l’être inutile par excellence
Le cas social, ne fait rien, ne produit rien, mais reçoit tout. Il est au cœur du projet national. C’est autour de lui que gravite tout un système solaire d’aides, de structures, de services, d’acronymes et de réunions de coordination. Il a son référent insertion, son éduc’ spé’, sa conseillère RSA, son accompagnant socio-professionnel, son coach de mobilité, et parfois même un psychologue gratuit pour lui dire que si sa vie c’est de la merde, c’est à cause de la société.
Tout est fait pour servir le cas social comme si c’était un prince saoudien.
Le cas social a tous les droits
Et comme le Christ, on n’a pas le droit de le juger. On n’a pas le droit. On a pas la bonne hauteur de vue.
On doit l’aider, l’écouter, le valoriser, lui redonner confiance. On lui sert le café, on lui paie des formations qu’il ne termine pas, on rédige son CV à sa place, on l’aide à faire ses démarches en ligne qu’il oubliera de valider, on imprime ses papiers, on lui prête une trottinette… Et s’il rate son rendez-vous Pôle emploi pour la huitième fois, c’est la faute du système. Ou des traumas invisibles de l’enfance. Mais c’est surtout pas sa faute. Rien ne commet aucune faute. Le cas social est parfait, c’est pour ça qu’il a tous les droits.
Le travailleur au service du cas social
Pendant ce temps-là, le travailleur (celui qui se lève, paie, cotise) on lui arrache le pain de la bouche pour nourrir le cas social. Il alimente la machine à perfuser les assistés. Il est bon pour cotiser, obéir, et fermer sa gueule. Il n’a surtout pas le droit de plaindre, car il a la chance d’avoir un boulot payé au SMIC et une voiture vieille de 20 ans. S’il se plaint, on le traitera d’égoïste, de « petit-bourgeois », de privilégié, et même de facho. S’il ose dire que lui aussi aimerait bien un peu d’aide pour payer ses lunettes ou remplir son frigo, la colère du peuple s’abattra sur lui.
En France, plus tu crées de valeur, plus tu es suspect. Si tu bosses, t’es un privilégié. Si tu entreprends, t’es un voleur. Si tu veux t’en sortir, t’es un traître à la solidarité. Il faut rester humble, discret. Il faut rester pauvre, et idéalement fragile, pour avoir droit à la considération de l’administration.
Les boomers adorent les cas sociaux
D’ailleurs, même les retraités ont commencé à se dévouer aux cas sociaux. C’est devenu la grande activité des cheveux blancs qui s’ennuient. Ils s’investissent pour les cas sociaux. On les voit leur servir la soupe, leur tendre des vêtements, et leur trouver des appartements.
Ils sont pleins de bonnes intentions quand il s’agit de ponctionner un plus les actifs pour donner leur argent aux inactifs. Les parasites de la société sont tous unis contre les contributeurs.
Ils sont bénévoles au CCAS et dans les associations humanistes. Ils dorlotent le cas social comme d’autres nourrissent des chats errants. C’est ça ou la solitude, après tout. Et entre le refuge animalier et le local d’accueil de jour, ils ont choisi. La misère humaine rapporte plus de reconnaissance que la distribution de croquettes.
France, terre d’asile des cas sociaux
La France a troqué ses héros républicains contre des victimes subventionnées. Et l’État, dans sa grande générosité, continue d’organiser la liturgie. Les cas sociaux sont nos nouveaux martyrs, nos prophètes éclopés, nos dieux alcoolisés. On les entretient avec dévotion. Et malheur à celui qui rirait. Il serait crucifié ! Fiscalement d’abord, socialement ensuite.
Loué soit le cas social !
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