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L'expatrié est-il un traître ?

Expatrié : le traître parti vivre ailleurs

Auteur15/11/202512/09/2026

L’expat est un mauvais Français

L’Africain qui arrive illégalement en France est un héros qui fuit la guerre, mais le Français qui explore d’autres horizons est un traître.

Un Français qui quitte la France, ce n’est jamais anodin, jamais neutre. Ce n’est pas, simplement, « quelqu’un qui a changé de pays ».

Non ! En France, partir vivre à l’étranger, c’est comme sortir de l’Église en pleine messe. C’est une trahison, un blasphème, un reniement du « modèle social que le monde entier nous envie sans jamais l’imiter ». Le bon citoyen, lui, il reste ici, même quand tout s’effondre, parce qu’on n’abandonne pas son pays qui a été si généreux avec vous.

L’expat fuit l’épave « France »

Il suffit de dire que Nicolas est parti s’installer à Lisbonne ou à Montréal, pour que l’on entende les chouineries des héritiers de 1789.

« Qu’il rembourse ce que la République lui a donné ! »

« Il a été éduqué gratuitement, soigné gratuitement, tout ça pour aller payer moins d’impôts ailleurs. »

« C’est un profiteur, un ingrat, un traitre. »

« C’est un déserteur, un lâche, un collabo ! »

Et si en plus quelqu’un explique que Nicolas est très heureux là où il est, et qu’il n’a pas l’intention de revenir en France, les Français captifs tombent en syncope.

L’expat trahit la France

Car en France, la mobilité internationale n’est pas une liberté aux yeux de nos concitoyens ; c’est une infidélité ! Celui qui part ne se contente pas de s’éloigner ; il abandonne, et on lui souhaite tout le malheur du monde, attend qu’il éprouve mille souffrances dans son nouveau lieu de résidence et qu’il revienne en traînant la patte, en pleurant, en implorant la compassion du corps social. Il faut le punir un tel être, en l’accablant de culpabilité, comme s’il avait emporté dans ses valises un morceau de notre solidarité nationale.

Il serait intéressant de comparer les réactions des socialo-communistes et des nationalistes pour savoir lequel des deux camps est le plus venimeux lorsqu’il est question d’expatriation. En attendant, nous pouvons observer que les deux rivalisent de stupidité.

Les gauchistes haïssent les riches et disent vouloir les expulser du territoire, mais lorsqu’un Français qui gagne bien sa vie s’expatrie, ils l’injurient de la pire des manières et lui reprochent de ne plus vouloir payer ses cotisations.

Les nationalistes affirment vouloir défendre l’identité de la France et diffuser sa culture et ses valeurs, mais lorsqu’un Français de talent exporte l’âme française à l’étranger, ils le traînent dans la boue et l’accusent d’abandonner une cause qui n’existe que dans leur tête.

L’expat fait envie

Mais le discours change quand l’expat rentre temporairement au bercail et raconte ce qu’il vit à l’étranger. Il suffit qu’il explique à quel point tout est plus simple ailleurs, pour que le ton s’adoucisse.

Et alors, soudain, tout bascule. La colère se mue en envie. Les mêmes qui juraient qu’ils ne quitteraient jamais ce pays béni commencent à partager le point de vue du traitre. Le félon devient un visionnaire, un pionnier, un précurseur.

On lui demande même quelques conseils pour quitter le navire pendant qu’il est encore temps, car bon, tu vois, la paperasse, les impôts, les salaires, l’insécurité… voilà quoi.

Tout le monde veut connaître sa recette, ses astuces. Il a fait ce qu’on n’ose pas faire. Par conséquent, on le jalouse tout en le sanctifiant. Hier, c’était encore une tache sur le drapeau tricolore ; aujourd’hui, c’est un héros discret que l’on admire et que l’on cherche à imiter.

L’expat, ce héros discret

Le Français moyen veut connaître la recette du succès de l’expatrié pour son propre compte, mais il ce qui l’empêche de connaître pareil succès, c’est sa mentalité. Car Monsieur Moyen est un être paradoxal. Il rêve d’un État-providence à la suédoise, d’une fiscalité à la portugaise, de services publics à la suisse, d’un climat à l’espagnole, d’un coût de la vie à la thaïlandaise et d’un mode de vie à la japonaise, mais sans bouger de chez lui. Et quand il part, il exige de conserver la Sécurité sociale, la retraite, la citoyenneté, la culture de son pays et le droit de vote.

Même à l’étranger, Monsieur Moyen veut rester Français. Il veut continuer à se plaindre de la France, mais depuis une plage à Bali. Il veut continuer à défendre les services publics, mais sans y être confronté.

La sécurité sociale obligatoire, la carte vitale et le doliprane gratuit sont les trois freins qui empêchent Monsieur Moyen de quitter le territoire. Et c’est peut-être mieux ainsi, car le monde a besoin de tout, sauf de Monsieur Moyen.

Retrouvez les différents textes des Nouvelles Mythologies Françaises sur la page consacrée.

Retrouvez la playlist sur YouTube.

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