Comment détruire l’avenir des jeunes ?
Fais ce que tu aimes et rate ta vie
Parmi les phrases creuses que l’on répète comme des mantras sacrés dans les couloirs feutrés de l’Éducation nationale, celle-ci remporte la palme de la destruction programmée : « Fais ce que tu aimes ». Murmurée avec le sourire benêt d’un conseiller d’orientation qui n’a jamais mis les pieds dans une entreprise, cette phrase envoie chaque année des cohortes de jeunes dans les impasses du marché du travail avec, pour seul bagage, une passion pour la mythologie nordique ou l’histoire de l’art du Quattrocento.
Un grand mensonge
Derrière cette formule séduisante se cache une immense hypocrisie, un mensonge structurant du système éducatif français : celui d’un monde du travail bienveillant, rationnel, prêt à accueillir les passionnés des disciplines obscures comme des messies.
Comme si le marché de l’emploi était un immense buffet où chacun pouvait choisir sa part en fonction de ses goûts.
La réalité, c’est qu’il y a des métiers utiles et rémunérés, et des vocations précaires que l’on cultive comme des plantes mortes.
N’écoutez jamais les profs
Ceux qui prodiguent ces « bons conseils » n’ont jamais eu à écrire un CV. Ils ne connaissent ni le stress d’un entretien d’embauche, ni la violence d’un refus, ni l’humiliation silencieuse des recruteurs.
Ce sont des fonctionnaires !
Ils ont suivi le parcours typique : enseignement secondaire (collège / lycée) -> enseignement supérieur -> concours -> enseignement secondaire. Jamais une journée dans une boîte privée ! Pas une seule ! Jamais un projet rentable à monter ; jamais une mission où leur poste dépendait de leur efficacité. Pour cette racaille, corriger des dissertations c’est comprendre le monde.
Ces gens, qui se sont engagés dans une carrière stable à vie expliquent donc très sérieusement à vos enfants innocents que l’important c’est de suivre leurs passions ! Comme si un jeune passionné par l’histoire de la musique baroque allait trouver un boulot rentable en sortant de sa fac d’histoire de l’Art !
L’ignorance des enseignants crée beaucoup de drames
Et le pire, c’est qu’ils disent ça avec toute la candeur du monde, ces cochons-là ! Ils y croient ! Ils sont sincères ! Ils pensent même aider ! Mais ils n’ont aucune idée de ce qu’est monde réel !
Ils n’ont jamais vu les stats de l’INSEE. Ils ignorent combien gagne un chargé de production dans l’audiovisuel, un traducteur littéraire, un secrétaire de mairie contractuel, un médiateur culturel, un urbaniste junior, un chercheur sans poste, un écrivain public.
Et quand on leur parle du marché du travail, ils répondent « Oh oui ; bah … Il faut bien faire ce qu’on aime, sinon on sera malheureux toute sa vie ».
Ils ne savent pas que le malheur commence justement quand on est passionné et qu’on galère.
Fais ce que tu aimes et va bosser chez McDo
« Fais ce que tu aimes », c’est la version scolaire du rêve américain, mais sans pognon, sans talent, sans réseau. Et pendant que les enfants de profs et de cadres bien informés font médecine, économie ou ingénierie, on pousse les autres vers la fac de psycho, les métiers du livre ou les beaux-arts, en leur expliquant qu’ils doivent « croire en leurs rêves ».
À la sortie, c’est toujours la même histoire : des jeunes gens formés à rien, dans un monde qui n’a pas besoin d’eux. Ils découvrent alors, trop tard, qu’aimer ne suffit pas à payer un loyer, et qu’en matière d’émancipation, la liberté financière vaut bien plus qu’un coup de cœur académique et un bout de papier inutile qui récompense cinq années de néant intellectuel.
Fais ce que tu aimes et perds 5 années de vie
Le jeune crédule suit donc son cœur. Il s’inscrit en licence de cinéma, de philo, de lettres, de socio, de psycho, croyant ce qu’on lui a dit. Il pense qu’il va s’accomplir, qu’il va « trouver sa voie ».
Il croit à la fable et en redemande. Trois ans, cinq ans, parfois huit années à creuser un sillon qui n’aboutit nulle part.
Il sort de là avec un salaire de misère, quand il a la chance d’avoir un boulot, en bossant comme assistant administratif dans une collectivité locale, ou à mi-temps à la bibliothèque.
Il tombe de haut et souffre en silence. Mais il ne peut pas faire marche arrière. Trop de temps perdu, trop d’années sacrifiées. Trop d’orgueil pour admettre qu’il s’est fait avoir.
Alors il s’accroche à son SMIC. Il accepte sa vie de malheur tranquille, sans révolte, parce qu’il l’a soi-disant choisie, parce qu’il a fait « ce qu’il aimait ».
Parfois, il retourne à la fac, en se disant que cette fois-ci il va faire de vraies bonnes études, et il en ressort avec un nouveau bout de papier inutile.
Besoin d’un vrai conseil ?
Ce qu’on aurait dû leur dire ?
« Fais ce qui te permet de gagner ta vie. Et, plus tard, fais ce que tu aimes, si t’as encore le temps et l’envie. »
Il aurait fallu dire au jeune ce que la bourgeoisie dit à ses enfants : « Va là où il y a de l’argent ! Va là où tu pourras être libre, indépendant, affranchi du chantage à l’emploi ! »
On aurait dû lui apprendre que l’émancipation passe d’abord par la sécurité financière, pas par une passion mal rémunérée, et que le plaisir vient souvent après la stabilité, pas avant. On mange le dessert après les épinards, pas avant !
Mais ce discours-là, on l’a réservé aux initiés, à ceux qui savaient décrypter le monde : aux enfants de profs, de médecins, d’ingénieurs. Les autres, on les a laissés croire à leurs rêves, comme des enfants à qui on cache la vérité.
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