Le journaliste est fondamentalement un laquais du pouvoir.
Le journaliste est fondamentalement un laquais du pouvoir.

Dans mon article sur le journalisme français, j’ai parlé du journaliste de manière générale. J’ai commis là un amalgame et je vous prie de m’en excuser. En réalité, il y a plusieurs races de journalistes.

Le journaliste, ça se décline en une multitude de sous-espèces, toutes plus caricaturales les unes que les autres, qui partagent toutes un même fragment d’ADN : celui de la vanité.

Journaliste arriviste : le chroniqueur politique

Ça, c’est le fond de tiroir du journalisme. De tous les incompétents que je vais présenter, c’est le plus servile du lot.

Il ne vit que pour être invité aux dîners ministériels et glaner une confidence qu’il transformera en pseudo-scoop.

Son rêve ultime, c’est de passer du journalisme à la politique, comme tant d’autres avant lui. Pour parvenir à ses fins, il cherche une bonne place à occuper, ou une élue à épouser.

En attendant, il aligne des articles fades, soigne son carnet d’adresses et répète en boucle que « les Français ne comprennent pas que les réformes sont nécessaires ! »

C’est le service com’ de l’Elysée à lui tout seul. Il n’est même pas payé pour fournir une prestation aussi lamentable. Tout ce qu’il récupère en se roulant dans la boue, c’est un peu d’espoir de faire partie du sérail de la politique française un beau jour.

Journaliste prolo : le pigiste martyr

Celui-ci, c’est le petit prolétaire du milieu.

Il est payé au lance-pierre, maltraité par les rédactions. Il se vend à n’importe quel site pour grignoter quelques lignes et gratter 30 balles.

Dans sa tête, il se perçoit en héros romantique qui se sacrifie pour dénicher l’information. Dans le vrai monde, il n’est qu’un grouillot, un valet de plume qui se fait exploiter en espérant secrètement devenir un éditorialiste télé qui sera l’ami de tous les ministres.

Journaliste marionnette : l’éditorialiste télé

Celui-là se rêve en sage du forum de la Cité, en oracle républicain, en conscience nationale. Mais en réalité, ce n’est qu’un perroquet de plateau répétant les mêmes lieux communs que ses confrères, cinq fois par semaine, sur dix chaînes différentes.

Il est toujours sûr de lui, mais il n’est informé sur aucun sujet. Il vit dans une boucle de commentaires creux où tout le monde parle de tout, mais où personne ne sait rien sur le fond.

Il lit un prompteur et recrache ce qu’on lui souffle dans l’oreillette. Autrefois, on appelait cela un pantin. Mais « journaliste », c’est quand même plus classe.

Le journaliste culturel

Alors lui, il se voit comme un défricheur d’avant-garde, mais il n’est qu’un agent de communication pour les grandes maisons d’édition, les sociétés de production et les studios télévisés.

Il utilise un jargon ronflant pour parler d’œuvres qu’il ne comprend pas et qu’il ne lira jamais jusqu’au bout. Derrière chaque chronique culturelle, il y a un attaché de presse qui a fait tout le boulot à sa place et qui est payé en cacahuètes.

Dans le monde idéal qu’il fantasme, il est critique littéraire, musical ou cinéma. Dans la réalité, il fait des publi-reportages comme un YouTuber.

Journaliste randonneur : le grand reporter

C’est lui qui a le titre le plus prestigieux, mais personne ne le connaît en dehors de sa salle de rédaction.

Le plus souvent, il végète derrière son ordinateur et se contente de coller trois impressions d’aéroport et deux clichés touristiques autour d’un communiqué d’ambassade ou d’une dépêche de l’AFP.

Quand il sort des bureaux de son journal, il se rêve en Indiana Jones de l’information authentique. Dans son esprit, il part rechercher des informations capitales au péril de sa vie.

Dans ses récits, il y a toujours des vieillards malades et des enfants innocents au regard pur.

Mais sa grande aventure, c’est une semaine d’hôtel payé par le journal, trois photos volées et un retour triomphal à Roissy.

Le journaliste caniche

Dans d’autres pays, on enquête, on déterre des affaires, on révèle des secrets. En France, on disserte, on commente, on parade, on fait le beau devant le maître pour obtenir une friandise.

Serge HALIMI se trompait en qualifiant les journalistes de chiens de garde. Ce ne sont que des caniches.

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